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Mondial: "Merci pour tout" les Argentins tristes mais si reconnaissants envers la bande à Leo
"Merci quand même ! Merci pour tout !" Longtemps crispés, finalement abattus par la domination espagnole, les fans argentins avaient surtout la reconnaissance au cœur pour un capitaine - Messi - et une génération d'exception. Que par milliers ils s'apprêtent à fêter lundi à leur retour.
Dans les bars, les fans zones de Buenos Aires, aux esquinas (coins de rue)... le joyeux vacarme, les chants incessants pendant la finale ont fait place à deux silences hébétés, assourdissants : pour le but espagnol en prolongation, puis le coup de sifflet final.
"Vamos Argentina !" "Gracias igual !" "Gracias Seleccion !" des cris de fierté ont pourtant fusé peu après la fin, alors que déjà quelques milliers de personnes se dirigeaient vers l'Obélisque au cœur de la capitale. Pour célébrer, et remercier.
"En réalité, je ressens de la gratitude pour cette sélection qui a tout donné jusqu'à la dernière minute", avouait les yeux humides Marco Moya, coursier de 37 ans, qui avait suivi le match avec sa famille dans la rue, sur l'écran d'un restaurant.
Quelques insultes fusaient, un peu de colère "parce qu'on n'a pas bien joué aujourd'hui", grognait Pedro Montagna, fonctionnaire de 35 ans. Mais tout se dissipait à chaque apparition à l'écran du visage vaincu de Messi, ovationné.
- Il y a eu Diego, et Leo -
"Il a marqué une génération. Il y a eu Diego, ensuite lui, et j'espère qu'un autre viendra. Je suis triste parce que c'était un final parfait pour lui", a-t-il estimé.
Dans les avenues du centre, des pétards, des cornes de brume, des klaxons et grosses caisses résonnaient déjà autour de l'Obélisque. A s'y méprendre, la bande sonore d'une victoire. Même dans la défaite, la nuit promettait d'être longue.
"On est arrivés en finale, et ce n'est pas rien ! L'Argentine a de nouveau montré qu'elle était parmi les meilleurs", souriait Luciano Ortega, un étudiant de 20 ans au visage peinturluré de ciel et blanc. Et puis, "beaucoup de gens étaient déjà contents d'avoir battu l'Angleterre", l'archirival, en demi-finale.
Plus encore qu'en un mois de folie Mondialiste, de pays au ralenti, Buenos Aires s'était parée ces jours-ci de ciel et blanc, avec des photos de joueurs et drapeaux omniprésents aux vitrines, aux façades, balcons, sur les voitures, jusqu'aux deux-roues de livraison.
Dans un pays aux innombrables fresques murales du "Dieu" Maradona - mais de plus en plus de Messi aussi -, maintes villes et quartiers étaient allés de leur initiative, pour crier, de loin, son soutien à "la Seleccion".
Ici un banderazo (rassemblement festif autour de drapeaux), ou là, comme à Rosario la ville natale de Messi, un maillot géant de 22 m, flottant au bout d'une grue, floqué du N°10 avec les mots: "Merci Leo, tu es une légende".
"Merci beaucoup aux joueurs...!!! Jusqu'au bout, les bottes aux pieds. L'Argentine toujours au sommet", a commenté le président Javier Milei sur X à la fin du match.
- Foule garantie au retour -
Milei, par superstition, avait décidé de ne pas voyager à la finale, mais suivre le match dans la salle de projection de la résidence présidentielle à Olivos (banlieue nord de Buenos Aires). Répétant ainsi une "cabala", un de ces rituels porte-bonheur que nombre d'Argentins prennent très au sérieux.
Soucieux d'éviter une accusation de récupération, Milei a indiqué cette semaine que si la Fédération (AFA) le souhaite, la Casa Rosada (la présidence) serait à disposition "inoccupée", c'est-à-dire sans lui, pour un éventuel salut de l'Albiceleste au balcon surplombant la Plaza de Mayo.
En 2022, les champions du monde avait eu droit à un accueil hors normes : 4 à 5 millions de personnes massées sur le trajet du bus, 32 km entre le siège de l'AFA et le cœur de Buenos Aires.
Une foule monstre, sans précédent de mémoire d'Argentin, au point de paralyser le bus des joueurs qui avait dû renoncer, après une poignée de kilomètres en quatre heures. La parade s'était terminée... en hélicoptère survolant la multitude au centre-ville.
Beaucoup, des centaines de milliers, sans doute, s'apprêtaient a y aller lundi.
"Bien sûr je vais y aller, je serai là, à les attendre, pour les remercier de tous ces moments", assurait Marco Moya, en repensant à l'incroyable série depuis 2021: deux Copa America, un titre mondial et une finale.
"J'ai 37 ans et franchement je ne sais pas si je pourrai revivre tout ça un jour".
Y.Aukaiv--AMWN