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Au Royaume-Uni, l'essor de la reconnaissance faciale inquiète
Son efficacité est telle que le gouvernement britannique veut étendre son déploiement: la reconnaissance faciale fait son chemin au Royaume-Uni et soulève inquiétudes et accusations de dérive orwellienne de surveillance de masse.
Déployée une journée de décembre aux abords de la gare de Croydon, dans le sud de Londres, une caméra-test a permis grâce à l'intelligence artificielle l'interpellation de dix suspects, notamment dans des affaires de menaces de mort, fraude bancaire, vol, ou encore détention d'une arbalète.
Utilisée notamment lors du Grand Prix de Grande-Bretagne de F1 ou du couronnement de Charles III en mai, la reconnaissance faciale est considérée comme une "haute priorité", a déclaré en octobre le secrétaire d'Etat à la police Chris Philp, soulignant le "haut potentiel" de cette technologie.
Son déploiement a "conduit à des arrestations qui auraient été impossibles autrement et il n'y a eu aucune fausse alerte", a-t-il ajouté.
Cette volonté a scandalisé certains députés de tous bords, qui souhaitent que le régulateur du secteur prenne des mesures pour empêcher les abus.
"La reconnaissance faciale implique le traitement, en masse, de données biométriques sensibles d'un nombre énorme de personnes, souvent à leur insu", ont-ils écrit dans une lettre, y voyant "un risque grave aux droits du public".
- Faux résultats -
Ces députés avancent que de faux résultats ont conduit à plus de 65 interventions infondées de la police, dont l'interpellation d'un collégien de 14 ans en uniforme. Cerné par les forces de l'ordre, il a subi un relevé d'empreintes avant d'être libéré.
Les parlementaires soulignent en outre les risques liés à l'utilisation de cette technologie dans les espaces privés, affirmant que certains pourraient être dissuadés de faire des achats essentiels, de nourriture par exemple, ou bien encore de faire l'objet d'interventions intrusives ou de confrontations avec des agents de sécurité.
L'année dernière, le propriétaire de la chaîne de magasins Sports Direct a défendu l'usage de la reconnaissance faciale, expliquant que celle-ci a entraîné une baisse des vols et des violences envers le personnel.
- "Cartes d'identité ambulantes" -
Du côté des défenseurs des droits civils, Mark Johnson, de l'organisation Big Brother Watch, voit dans la reconnaissance faciale "un outil orwellien de surveillance de masse qui fait de nous tous des cartes d'identité ambulantes".
Les opposants font valoir qu'elle laisse trop de pouvoir sans contrôle aux mains de la police, à qui la loi a récemment conféré des possibilités accrues pour procéder à des interpellations lors de manifestations.
Les préoccupations se concentrent en particulier sur le manque de droit de regard sur la manière dont la police compose ses listes de surveillance, dans lesquelles se trouvent selon les détracteurs de la reconnaissance faciale des manifestants, des personnes souffrant de problèmes psychologiques, sans être soupçonnés de la moindre infraction.
Ces outils nécessitent "une supervision juridique et technique pour être utilisés de manière responsable et éthique", plaide auprès de l'AFP une militante, sous couvert d'anonymat. "Je m'inquiète que la police n'ait pas les ressources et la capacité de le faire actuellement".
Les forces de l'ordre assurent que sont immédiatement et automatiquement supprimées les données de quiconque ne figurant pas sur une liste de surveillance.
Le ministère de l'Intérieur insiste sur le fait que le droit actuel régit strictement l'utilisation de cette technologie.
En juin 2023, le Parlement européen a réclamé l'interdiction des systèmes automatiques de reconnaissance faciale dans les lieux publics.
Au Royaume-Uni, les députés qui y sont opposés veulent même aller plus loin.
"La reconnaissance faciale n'a jamais reçu d'approbation explicite du Parlement", a déclaré le député conservateur David Davis. "C'est un outil de surveillance massive" qui "n'a pas sa place" au Royaume-Uni.
H.E.Young--AMWN