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Cuba sous pression de Trump
Alors que l’île de Cuba traverse l’une des pires crises économiques et énergétiques de son histoire récente, la Maison‑Blanche a déclenché en janvier 2026 une nouvelle offensive politique. En déclarant l’état d’urgence nationale, le président des États‑Unis a signé un décret qui autorise l’imposition de droits de douane supplémentaires sur les importations provenant de tout pays fournissant du pétrole à Cuba. Washington affirme vouloir défendre sa sécurité nationale face à un régime accusé d’abriter des groupes armés et de collaborer avec des puissances hostiles.
Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de l’administration américaine visant à étouffer l’économie cubaine. Dans la capitale, l’essence se vend désormais en dollars et les files d’attente s’allongent devant les rares stations‑service approvisionnées. Les livraisons de carburant se sont taries : selon la société de données Kpler, une seule cargaison en provenance du Mexique est arrivée depuis le début de l’année, et les réserves actuelles pourraient être épuisées en quelques semaines. Le diesel, essentiel au transport, à l’agriculture et à la distribution d’eau, se fait rare ; des délestages de plus de douze heures par jour paralysent déjà de nombreuses régions.
La tension est montée d’un cran quand le chef de l’État américain a lancé sur son réseau social un ultimatum à La Havane, exigeant la conclusion d’un accord pétrolier et menaçant de couper « tout pétrole et tout argent » en provenance du Venezuela, principal allié de Cuba depuis des décennies. Quelques jours plus tôt, une intervention militaire américaine avait permis de capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro, privant Cuba d’un autre fournisseur vital. « Il n’y aura plus de pétrole ni d’argent pour Cuba – zéro ! Je leur suggère fortement de conclure un accord avant qu’il ne soit trop tard », a déclaré Donald Trump dans une publication en lettres capitales.
Face à ces menaces, le président cubain Miguel Díaz‑Canel a répondu que « personne ne dicte quoi faire » à son pays. Sur le réseau social X, il a affirmé que Cuba est une nation libre, indépendante et agressée depuis plus de six décennies ; elle « ne menace pas, elle se prépare, prête à défendre la Patrie jusqu’à la dernière goutte de sang ». Son ministre des affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a ajouté que l’île n’avait jamais été rémunérée pour ses missions de sécurité à l’étranger et qu’elle n’accepterait pas de soumettre ses échanges à des pressions ou à la coercition américaine.
Sur le terrain, les conséquences de l’embargo renforcé sont dramatiques. Le gouvernement cubain a instauré une semaine de travail réduite, réduit les heures d’ouverture des banques et fermé certains établissements scolaires pour économiser du carburant. Les autorités ont également prévenu les compagnies aériennes qu’elles ne pourraient plus faire le plein à Cuba pendant un mois. Les vols long‑courriers vers l’île doivent désormais prévoir une escale dans un autre pays, tandis qu’Air Canada et d’autres transporteurs ont suspendu leurs liaisons. Privés de kérosène, plusieurs transporteurs rapatrient leurs touristes et le ministère britannique des affaires étrangères conseille d’éviter tout voyage non essentiel.
Dans les rues de La Havane, l’ingéniosité devient la règle : des artisans fabriquent des brûleurs pour cuisiner au charbon, des mototaxis offrent des trajets gratuits aux patients des hôpitaux et des utilisateurs des réseaux sociaux s’inquiètent du report de mariages ou de l’annulation d’événements. L’économie, déjà fragilisée par quatre années de récession et une hyperinflation qui a réduit en poussière salaires et pensions, vacille sous le poids de ces nouvelles sanctions. Selon le Programme alimentaire mondial, la pénurie de carburant pourrait empêcher l’acheminement de l’aide humanitaire et provoquer une crise alimentaire majeure.
À l’international, les réactions se multiplient. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, dont le pays était devenu le principal fournisseur de pétrole de Cuba, a dénoncé des mesures « injustes » et envoyé plus de 800 tonnes d’aide humanitaire tout en promettant de reprendre les livraisons. Pékin a exprimé son soutien à La Havane et son opposition à l’ingérence étrangère. Malgré ces élans de solidarité, la peur d’une asphyxie totale plane sur l’île. Des diplomates en poste dans la capitale rapportent que l’administration américaine n’a pas dévoilé de plan pour l’après‑Cuba et que certains envisagent déjà une évacuation en cas d’effondrement.
Derrière l’escalade verbale de Washington se profile une bataille politique interne aux États‑Unis. Le secrétaire d’État Marco Rubio, figure du lobby cubano‑américain et voix influente de l’administration, a laissé entendre que l’objectif n’était pas forcément un changement de régime mais la « liberté politique et économique » pour les Cubains. Pourtant, la stratégie semble pour l’heure se résumer à étrangler les ressources du pays en espérant une implosion.
Sur fond de menaces, de blocages et de déclarations contradictoires, l’île se retrouve plus isolée que jamais. Pour les onze millions d’habitants, la crise s’annonce longue et douloureuse. Entre pénuries, coupures d’électricité et incertitudes, le quotidien est suspendu aux décisions prises à Washington et aux manœuvres géopolitiques de ses voisins.
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