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Fatigue et colère pour les grévistes de la faim devant la prison "Zona 7" de Caracas
Les traits tirés et en colère, une dizaine de femmes, proches de détenus politiques dont elles réclament la libération, entament lundi leur troisième jour de grève de la faim, allongées sur des matelas devant la porte de la prison "Zona 7" de Caracas.
Selon leurs proches, les détenus -- il en reste une soixantaine -- ont également cessé de s'alimenter depuis samedi matin.
Les femmes protestent contre un nouveau report jeudi de l'adoption de la loi d'amnistie devant conduire à libérer tous les prisonniers politiques. Le début de semaine étant férié, celle-ci ne sera examinée par l'Assemblée que jeudi au mieux.
Cette loi d'amnistie historique avait été promise le 30 janvier, sous pression américaine, par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, un mois après la capture de Nicolas Maduro le 3 janvier par l'armée américaine.
Les autorités avaient en outre promis des libérations massives le 8 janvier, mais celles-ci ont été menées au compte-gouttes, avec des dizaines de familles campant devant les établissement pénitentiaires.
Selon l'ONG Foro Penal, 444 prisonniers politiques ont bénéficié d'une libération conditionnelle et plus de 600 restent derrière les barreaux.
"Plus de retard, plus de torture. Jusqu'à quand ?", interroge Evelin Quiaro, 46 ans, allongée sur un matelas, une petite bouteille d'eau aux électrolytes à ses côtés.
Le président de l'Assemblée nationale Jorge Rodriguez "est venu ici et a dit qu’au plus tard vendredi dernier, tous ceux qui sont ici dans la zone 7 allaient être libérés. Et ils n’en ont libéré que 17. Ce n’est pas juste".
Son fils est incarcéré depuis novembre, accusé de participation à un attentat à la bombe que les autorités affirment avoir déjoué. Ces dernières dénoncent régulièrement des complots réels ou imaginaires visant à déstabiliser le pays.
"Nous sommes ici depuis très longtemps, janvier pour la plupart, dormant sous des tentes, vivant ici d’une manière inhumaine. Nous sommes à bout", dit-elle.
- "Ca en vaut la peine" -
"Le corps commence à en souffrir. Beaucoup de faiblesse, de la fatigue quand je me lève. Cela fait déjà deux jours que nous n’avons pas mangé. Ça en vaut la peine, ça en vaudra toujours la peine! Cela doit produire un effet", veut-elle croire.
Le docteur Rafael Arreaza, figure du monde médical vénézuélien venu assister les familles, rappelle que faire une grève de la faim, "c'est dangereux".
"D’autant plus vu les conditions: dans la rue, avec la poussière, la saleté. L’immunité baisse et des complications de santé peuvent survenir très facilement", explique-t-il.
Une des dix femmes a dû cesser son jeun, en raison de problèmes de tension, dit le médecin qui a demandé à pouvoir rendre visite aux prisonniers. En vain, car "il faut un ordre judiciaire".
S'enroulant dans une chaine, Narwin Gil, dont le beau-frère est emprisonné --sa soeur a elle été libérée--, barre le chemin à un agent qui vient prendre son service.
"Tu ne peux pas rentrer avec de la nourriture. Si eux (les prisonniers) ne mangent pas, vous non plus", dit-elle à l'agent qui rebrousse chemin.
"Ca suffit! Ca suffit!", crie-t-elle, à bout de nerfs et en pleurs. "Qu'on (libère) ni un ni deux, mais tous! Tous, tous ceux qui sont au Venezuela. Ce ne sont pas des délinquants Ça suffit. Aucune d’entre nous ne veut être ici. Nous ne voulons pas être ici!".
Maria Escalona, 41 ans, dont le mari est en détention depuis septembre, confie: "C'est terrible, terrible. Mes petits (8 et 9 ans) souffrent. C’est stressant, c’est préoccupant. Nous sommes déjà épuisées par cette grève de la faim".
Elle espère que la loi sera examinée jeudi. Mais elle ne veut plus attendre. "Je veux qu’ils sortent tout de suite. Ça doit être avant jeudi".
Edmundo Gonzalez Urrutia, candidat de l'opposition qui revendique la victoire à la présidentielle de 2024, s'est insurgé sur X depuis son exil madrilène: "Derrière chaque prisonnier politique, il y a une famille qui résiste. Des familles en grève de la faim ! Elles le font parce qu’elles estiment qu’on ne leur laisse pas d’autre choix. Elles le font dans la douleur et l’angoisse!".
P.Santos--AMWN