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Retraites: toujours pas de fumée blanche, le "conclave" prolongé jusqu'au 23 juin
Entamé il y a trois mois et demi, le "conclave" sur les retraites n'a pas débouché sur un accord mardi, date butoir prévue, et une nouvelle - et ultime - réunion a été annoncée pour le 23 juin, avec beaucoup de flou sur le contenu et les participants.
A l'issue d'une longue journée de tensions et de grincements de la part des syndicats, et alors qu'il était quasiment minuit, la CFDT et la CFTC, deux des partenaires sociaux à la table des négociations depuis le 27 février, ont annoncé cet ultime round.
Et ce malgré la volonté affichée en début de journée par la CFDT de conclure comme prévu les négociations ce mardi, malgré la proposition du Premier ministre lundi d'accorder quelques jours supplémentaires aux cinq partenaires encore présents: CFDT, CFTC, CFE-CGC côté syndical, Medef et CPME côté patronal.
"On va réfléchir si on vient entièrement le 23, ou qu'au début, ou pas du tout", a toutefois précisé Pascale Coton, négociatrice de la CFTC, "en colère" devant la tournure prise par la concertation mardi.
Dans la foulée, le Medef, principal représentant du patronat et accusé par les syndicats d'être à l'origine du blocage, a également indiqué ne pas avoir décidé s'il serait autour de la table lundi.
"J'irai devant nos instances pour voir avec elles notre conduite, savoir si nous allons à la réunion", a confié à la presse sa négociatrice, Diane Milleron-Deperrois.
- Négociation "plantée" -
Une conclusion un peu confuse, loin de l'accord que Matignon avait promis de soumettre au Parlement, au terme d'une journée de discussions laborieuses, dont le refrain avait été entonné dès la mi-journée: "La négociation n'a pas avancé", avait ainsi brossé peu avant midi Yvan Ricordeau, représentant de la CFDT, agitant le spectre d'un échec.
Entamées à 9h30, les discussions se sont arrêtées à 11h30, le temps d'un long déjeuner pour chaque camp. "L'après-midi, on a repris à 15h, on a parlé de pénibilité, puis à 16h, il y a eu une interruption de séance de deux heures à la demande du patronat et ils reviennent pour proposer... rien", a regretté en soirée Christelle Thieffinne, négociatrice de la CFE-CGC.
La concertation a repris vers 18h00. Avec une partie patronale qui "plante la négo", selon l'accusation lancée par la représentante de la CFE-CGC, qui a décrit une "ambiance tendue". Pas question pour autant pour ce syndicat de partir: "C'est à eux, la partie patronale, de nous dire qu'ils refusent d'avancer".
Lors de cette longue journée, les syndicats ont rappelé qu'ils voulaient en particulier obtenir que la pénibilité et l'usure soient prises en compte pour pouvoir partir avant 64 ans, l'âge légal fixé par la réforme Borne de 2023.
Parmi les autres "points durs", la CFTC a également mis comme "ligne rouge" - objectif impératif - le passage à 66 ans de l'âge de départ sans décote (contre 67 ans), également rejeté par le patronat.
- "Prime" seniors enterrée -
Les syndicats ont en tout cas enterré la proposition sortie du chapeau lundi par François Bayrou d'une "prime" pour inciter les salariés seniors à retarder leur départ à la retraite.
"Ce n'est ni une demande d'une organisation syndicale, ni d'une organisation patronale. Elle n'a fait l'objet d'aucun chiffrage et d'aucune étude de faisabilité, et pour l'instant, elle n'a pas été évoquée", a souligné Yvan Ricordeau à la mi-journée.
Même si cela ne faisait pas grand mystère depuis le début, le Medef a entériné le 10 juin qu'il ne bougerait pas sur l'âge de départ à 64 ans.
Ce qui n'est pas forcément une fin de non-recevoir pour les syndicats. Tout dépendra de ce que le patronat peut lâcher en termes de carrière des femmes, de pénibilité, ou d'augmentation de cotisations sociales.
La réussite ou non de ce "conclave" est un instant de vérité pour le Premier ministre, qui avait lancé ce nouveau format de discussions après un compromis noué avec les socialistes pour éviter une censure du gouvernement.
L'idée de ce conclave était principalement de rendre moins impopulaire la réforme des retraites Borne de 2023, qui porte progressivement de 62 à 64 ans le départ à la retraite. Tout en visant l'équilibre financier, alors que le déficit du système est annoncé à 6,6 milliards d'euros en 2030.
FO avait claqué la porte dès la première réunion le 27 février, la CGT et l'U2P (organe patronal pour les artisans) avaient à leur tour quitté mi-mars ce processus prévu initialement pour s'achever le 28 mai.
P.Costa--AMWN