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Se loger à Kaboul, mission quasi impossible
De retour au pays après avoir été chassé d'Iran, Mohammed Mohsen Zaryab cherche depuis des semaines un logement à Kaboul, où le secteur immobilier déjà sous tension n'est pas prêt à accueillir l'afflux d'Afghans expulsés des pays voisins.
La capitale d'environ huit millions d'habitants s'est étendue au fil des ans et voit sans cesse arriver de nouvelles familles, surtout depuis que le Pakistan et l'Iran ont poussé plus de 3,2 millions d'Afghans à rentrer dans leur pays depuis 2023, d'après l'ONU.
Avec seulement quelques affaires en main, ils rejoignent pour beaucoup la capitale, espérant y trouver un emploi et un toit malgré la pauvreté et le chômage qui y règnent --comme partout ailleurs en Afghanistan, théâtre, selon l'ONU, de la deuxième pire crise humanitaire au monde.
Hébergés pour l'heure par des proches avec son épouse et ses sept enfants, M. Zaryab, 47 ans, a supplié en vain des propriétaires de baisser les loyers de leurs masures.
"Si vous ne pouvez pas payer, quelqu'un d'autre le pourra", s'est-il entendu répondre.
En Iran, il travaillait dans une usine et avait réussi à sympathiser avec son propriétaire pour qu'il baisse le loyer. De retour dans son pays, il regrette le manque de solidarité, lui qui vient "de loin et n'a pas de maison".
"On a de nombreux réfugiés (d'Iran et du Pakistan, NDLR) qui viennent nous demander un appartement à louer et la plupart ne peuvent pas se permettre ce qu'il y a sur le marché car les loyers ont augmenté", indique Hamed Hassani, agent immobilier.
- Anarchie urbaine -
D'après de multiples agents interrogés par l'AFP, les loyers ont flambé avec les retours.
Pour une maison de trois pièces, le loyer atteignait 10.000 afghanis (126 euros) il y a un an, contre 20.000 (252 euros) aujourd'hui, affirme à l'AFP Nabiullah Quraishi, lui aussi agent immobilier.
Une fortune pour l'écrasante majorité des 48 millions d'Afghans: 85% d'entre eux sont forcés de vivre avec moins d'un dollar par jour, selon l'ONU.
Malgré tout, poursuit l'agent immobilier, avant, les propriétaires le contactaient "car il n'y avait pas beaucoup de demande". Aujourd'hui, elle dépasse de loin l'offre, bien que celle-ci consiste souvent en des logements des plus modestes.
"Depuis que les propriétaires ont remarqué que les réfugiés revenaient, ils ont doublé leurs loyers", indique son confrère Hamed Hassani. "Le gouvernement devrait intervenir".
La mairie assure à l'AFP que Kaboul ne connaît aucune crise du logement.
Pourtant, son grand plan d'urbanisme qui consiste à construire de nouvelles routes quitte à détruire nombre de résidences au bulldozer, rend encore plus difficile l'accès au logement.
"75% de la ville a été construite sans plan, nous ne voulons pas que cela se reproduise", explique à l'AFP son porte-parole Nematullah Barakzai.
- Ni maison, ni école -
Zahra Hashimi craint d'être mise à la porte de l'unique pièce en sous-sol qui lui sert de logement depuis qu'elle et sa famille sont rentrées d'Iran.
Son mari journalier gagne environ 80 afghanis par jour (1 euro), pas assez pour payer le loyer de ce logement sans électricité ni eau courante.
"Nous avons tout perdu en rentrant en Afghanistan", se désole Mme Hashimi, dont la fille aînée qui était scolarisée en Iran ne peut plus l'être, le gouvernement taliban ayant banni les filles des écoles à partir de 12 ans et les femmes des universités.
Les deux plus jeunes sont encore en âge d'aller à l'école mais leurs parents ne peuvent pas payer les frais de scolarité.
La crise du logement, qui concerne locations et achats, affecte aussi les familles installées dans la capitale depuis longtemps.
Tamana Husseini enseigne la couture et réside dans l'ouest de la ville, où les prix sont généralement plus bas. Mais elle est sous pression de son propriétaire qui menace d'augmenter le loyer de son appartement de trois chambres (3.000 afghanis).
La famille de huit personnes a pensé à déménager, mais "les loyers sont trop élevés", déplore-t-elle auprès de l'AFP, et quitter la ville veut dire s'éloigner des maigres perspectives d'emploi.
"C'est frustrant de ne pas pouvoir rester, sans pour autant pouvoir aller ailleurs".
G.Stevens--AMWN