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Moins d'huile et plus de protéines, la recette pour sauver les enfants du sud du Pakistan
Devant des mères serrant leurs bébés faméliques, Asma cuisine son "pudding de semoule": avec ses recettes locales et abordables, cette Pakistanaise tente d'enrayer la malnutrition qui frappe près d'un enfant sur deux dans le Sud rural.
Aujourd'hui, cette travailleuse sociale de 37 ans propose deux versions: semoule frite pour les moins aisées ou agrémentée d'un œuf ou de lait, faciles à trouver au village et très nutritifs.
"Le paquet de semoule coûte moins de 50 roupies (15 centimes d'euros) et si vous utilisez une à deux cuillères à soupe par jour pour vos recettes, il tient facilement une semaine", assure-t-elle.
Car si le Sindh, province côtière de 55 millions d'habitants, abrite Karachi, le coeur économique du pays, à quelques heures à peine de la mégalopole, des villages entiers sont durement frappés par la malnutrition.
Dans ces zones rurales, où la contraception reste un tabou et où les familles nombreuses sont la norme, 3.500 mères ont bénéficié de cours de cuisine imaginés par l'Unicef.
Après un an de leçons, Shahnaz, 25 ans, a radicalement changé l'alimentation de ses six enfants.
"Ici, j'ai appris à faire le khichdi", un mélange de lentilles et de riz, "des pudding et des gâteaux de semoule", dit-elle, assise sur une natte colorée près du réchaud. "Alors qu'avant je ne donnais que des pommes de terre à mes enfants parce qu'il y en avait toujours à la maison".
"La santé de mes enfants s'est améliorée et on m'a dit récemment que ma fille ne souffrait plus de malnutrition,"se félicite-t-elle.
Comme elle, Koulsoum, 23 ans, espère sauver ses cinq enfants, tous nés prématurés.
"L'un de mes enfants est mort et ma plus jeune est extrêmement faible alors on m'a conseillé de suivre ces cours", dit celle qui n'a qu'un nom, comme la plupart des femmes de son district.
A Sujawal, de nombreuses mères racontent ne donner à leurs enfants, parfois âgés de quelques semaines, que des morceaux de galettes frites en guise de repas.
Résultat, dans le Sindh, 48% des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition et 20% d'émaciation, sa forme la plus mortelle, selon la dernière enquête nationale menée en 2018.
Plus vulnérables au manque d'eau potable et d'hygiène, ils ont souvent aussi la dengue ou le paludisme, souffrent de vomissements, diarrhées ou difficultés à uriner et ont le ventre anormalement enflé.
- Pas d'épices -
Dans le Sindh rural, souvent, les enfants ne mangent toujours pas de nourriture solide à six mois, et, pour ceux qui en ingèrent, ce sont les restes du repas des parents, trop épicés pour les estomacs de bébés.
Et même ainsi, "le principal problème est le manque de diversité alimentaire", affirme Mazhar Iqbal, nutritionniste pour l'Unicef.
Au Pakistan, 38% des enfants ne mangent que deux ou moins des huit catégories d'aliments recommandées par l'Unicef, - œufs, viande, poisson, produits laitiers...
Pourtant des alternatives peu coûteuses existent: si poisson, boeuf et dinde restent extrêmement chers et utilisés pour les grandes occasions, les abats de poulet, les os bouillis ou les légumineuses sont de bonnes sources de protéines.
Quant aux rares fruits et légumes, s'ils sont frits, comme c'est généralement le cas, ils perdent leurs nutriments.
C'est ce genre de conseils que Bakhtawar Kareem est venue chercher, après avoir perdu un enfant anémique.
Comme 72% des enfants de Sujawal, sa fille d'un an, léthargique, présente un retard de croissance et risque le retard cognitif, prévient l'Unicef.
- "Les femmes mangent les restes" -
Mais le cercle vicieux de la malnutrition commence chez les mères.
"Avec mariages précoces et grossesses répétées, plus de 45% des femmes du Sindh sont anémiques", affirme le nutritionniste Mazhar Iqbal.
"Cela augmente les risques d'avoir des bébés de faible poids à la naissance, plus susceptibles de souffrir de malnutrition".
A Sujawal, où seuls un quart des habitants savent lire et écrire, les idées reçues privent aussi les femmes de nutriments vitaux.
Régulièrement, Farrah Naz doit répéter que, non, les oeufs ou les fruits secs ne font pas saigner plus les femmes pendant leurs règles --et qu'ils ne doivent donc pas leur être interdits.
Au-delà, ajoute la patronne de la branche pakistanaise de l'Alliance mondiale pour l'amélioration de la nutrition (GAIN), "dans la plupart des familles, les filles et les femmes cuisinent et servent leurs proches. Ce n'est qu'ensuite qu'elles peuvent manger les restes".
Et quand la nourriture vient à manquer, ce sont leurs rations qui sont supprimées en premier, poursuit-elle.
Et ce, "alors même que les femmes écopent des tâches les plus physiques dans les champs".
X.Karnes--AMWN