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Le Cambodge affirme que la Thaïlande a lancé des frappes aériennes après leurs pourparlers sur leur conflit frontalier
Le Cambodge a accusé la Thaïlande d'avoir bombardé son territoire lundi, peu après l'annonce par Bangkok que les deux pays avaient accepté d'avoir des discussions directes pour tenter de régler leur conflit frontalier.
Selon les derniers bilans officiels respectifs, au moins 43 personnes ont été tuées - 23 côté thaïlandais, 20 côté cambodgien - depuis la reprise des affrontements le 7 décembre et environ 900.000 personnes ont été contraintes d'évacuer les régions frontalières de part et d'autre.
Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Sihasak Phuangketkeow a annoncé lundi la tenue de discussions bilatérales, à l'issue d'une réunion de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) sur le sujet à Kuala Lumpur, en Malaisie. Le Cambodge fait aussi partie de l'organisation.
Le ministre thaïlandais a indiqué à la presse que les pourparlers se tiendraient mercredi à Chanthaburi, dans le sud de la Thaïlande, dans le cadre d'un comité bilatéral frontalier déjà existant.
Mais quelques heures seulement après ces discussions en Malaisie, le ministère cambodgien de la Défense a déclaré que l'armée thaïlandaise avait déployé des avions de chasse pour bombarder des zones des provinces de Siem Reap et de Preah Vihear.
La province de Siem Reap abrite le célèbre complexe de temples d'Angkor, site du patrimoine mondial de l'Unesco (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture).
Son attraction touristique phare, Angkor Wat, est située à un peu plus d'une heure de route (environ 60 km) de la commune de Srae Nouy, visée par les frappes de lundi, selon un communiqué du ministère.
L'armée thaïlandaise a déclaré de son côté que le Cambodge avait tiré des dizaines de roquettes sur la Thaïlande lundi, et que l'aviation avait riposté par des frappes aériennes sur deux cibles militaires cambodgiennes.
Malgré ces échanges de tirs, le Cambodge, par la voix de son ministère de l'Intérieur, a exprimé son "optimisme" quant à la "sincérité" de la Thaïlande à mettre en œuvre un cessez-le-feu "conformément aux objectifs de l'Asean".
Le chef de la diplomatie thaïlandaise a néanmoins prévenu que la réunion à venir ne déboucherait sans doute pas sur une trêve immédiate. "Notre position est qu'un cessez‑le‑feu ne vient pas avec une annonce mais par des actions", a-t-il souligné, rappelant l'une des exigences de son pays : que le Cambodge s'investisse davantage dans le déminage des zones frontalières.
La réunion de lundi avait été convoquée par la Malaisie, qui assure la présidence tournante de l'Asean et avait déjà accueilli fin octobre un sommet au cours duquel une déclaration de trêve avait été signée, sous les auspices du président américain Donald Trump.
Cette déclaration de trêve, suspendue peu de temps après quand des soldats thaïlandais auraient été blessés en marchant sur une mine que Bangkok a accusé les Cambodgiens d'avoir récemment posée, était "précipitée", a jugé M. Sihasak.
"Les États‑Unis voulaient que la déclaration soit signée à temps pour la visite du président Trump", a-t-il dit. "Parfois, il faut vraiment s'asseoir et débattre des choses en profondeur".
- Un Chinois blessé? -
Face au risque d'enlisement, les efforts diplomatiques se sont accentués depuis la semaine dernière.
S'exprimant à l'ouverture de la réunion lundi, le ministre malaisien des Affaires étrangères, Mohamad Hasan, a exhorté le Cambodge et la Thaïlande, ainsi que les autres représentants de l'Asean, à "accorder urgemment leur attention à cette question".
Chaque camp accuse l'autre d'avoir provoqué la reprise des affrontements, invoquant la légitime défense et s'accusant mutuellement d'attaques contre des civils.
Le conflit trouve son origine dans un différend territorial sur le tracé de leur frontière de 800 kilomètres, effectué pendant la période coloniale française.
Un premier épisode d'affrontements en juillet entre les deux royaumes d'Asie du Sud-Est avait fait 43 morts et environ 300.000 déplacés en cinq jours, avant qu'une trêve ne soit conclue.
Outre les frappes aériennes, le ministère de la Défense cambodgien a accusé lundi la Thaïlande d'avoir tiré des obus d'artillerie sur le territoire cambodgien.
Un ressortissant chinois, employé d'une compagnie minière, a été blessé par ces tirs, selon le ministère de l'Intérieur cambodgien, qui n'a pas précisé la gravité de ses blessures.
La Chine a entamé la semaine dernière une médiation. Après s'être rendu au Cambodge, l'envoyé spécial de Pékin pour les affaires asiatiques, Deng Xijun, a rencontré lundi à Bangkok le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul.
"La Chine, en tant que pays neutre, ne veut pas voir de conflits dans cette région", a déclaré le dirigeant thaïlandais après cette rencontre.
"En tant qu'ami et proche voisin du Cambodge et de la Thaïlande, la Chine espère sincèrement que les deux parties chercheront à maintenir la paix et la stabilité le long de la frontière", a dit de son côté Lin Jian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
burs-mba-sdu/bds/mba
D.Sawyer--AMWN