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La BCE maintient ses taux pendant la tourmente politique en France
La Banque centrale européenne a maintenu jeudi ses taux directeurs, reflétant sa confiance dans une inflation contenue, alors que les turbulences politiques françaises devaient planer sur les débats entre gardiens de l'euro.
La dernière modification des taux remonte à juin, lorsque la BCE avait abaissé son principal taux sur les dépôts à 2%, marquant la première détente monétaire après une longue série de hausses pour contenir la flambée des prix post-Covid et liée à la guerre en Ukraine.
L'inflation "se situe actuellement autour de l'objectif à moyen terme de 2 %" et la BCE voit les perspectives d'inflation "globalement inchangées", selon un communiqué.
La réunion de la BCE s'est aussi déroulée au moment où la France traverse une période d’incertitude politique.
Emmanuel Macron a nommé mardi son fidèle ministre des Armées, Sébastien Lecornu, Premier ministre, mais celui-ci doit encore bâtir une coalition et présenter un budget, sous la menace constante d'une motion de censure.
- Responsabilité budgétaire -
Lors de la conférence de presse commentant les décisions du jour, sa présidente Christine Lagarde, ancienne ministre française des Finances (2007-2011), sera inévitablement interrogée sur le sujet.
Quel que soit le gouvernement mis en place, il devra piloter un pays dont la dette publique atteint environ 3.300 milliards d'euros, soit plus de 115% du PIB, record de la zone euro.
Les investisseurs exigent déjà une prime de risque plus élevée pour financer Paris : le taux de l'emprunt français à dix ans a du reste brièvement dépassé cette semaine celui de l'Italie à maturité comparable, une première depuis le début des années 2000.
La France reste par ailleurs sous la menace d'une dégradation de sa note par l'agence Fitch vendredi.
Mme Lagarde devrait certes éviter tout commentaire politique, mais "pourrait rappeler l'appel de la BCE à la responsabilité budgétaire", estime Felix Schmidt, chez Berenberg.
La question pourrait aussi porter sur l'éventuel recours à un mécanisme spécial au sein de l'institut francfortois destiné à stabiliser les marchés obligataires en cas de turbulence.
Cet outil, l'"Instrument de protection de la transmission"(IPT), permet à la BCE de racheter les obligations de pays empêchés de se financer à coût raisonnable à cause d'attaques de marché injustifiées, mais pas de ceux confrontés à des difficultés liées à un mauvais pilotage budgétaire.
Créé en 2022, lors d'une période de forte instabilité politique en Italie, il n'a encore jamais été utilisé.
Les analystes estiment qu'il ne serait déclenché que si la crise française se propageait à d'autres pays.
Or, les marchés restent calmes et "il y a peu de raisons de penser que l'aggravation des problèmes en France provoquerait des difficultés ailleurs", note Jack Allen-Reynolds, de Capital Economics.
- Croissance revue en baisse -
L'institut monétaire a appuyé ses décisions du jour sur un jeu de nouvelles projections économiques : l'inflation devrait s'établir à 2,1% en 2025, contre la cible de 2% encore espérée en juin, avant de descendre à 1,7% en 2026, contre 1,6% auparavant.
La croissance devrait atteindre 1,2% cette année, 0,3 point de pourcentage de mieux que dans les projections de juin du fait d'une première partie d'année meilleure que prévu, mais redescendre à 1,0% en 2026, corrigeant à la baisse le chiffrage précédent.
Ces prévisions reflètent en partie la morosité économique en Allemagne, première économie de la zone euro, où les dernières données ont douché les attentes de reprise rapide.
Elles tiennent aussi compte de l'accord conclu début août avec les Etats-Unis, fixant des droits de douane de 15% sur la plupart des produits européens, un peu supérieurs au scénario de base imaginé par la BCE en juin.
Cela reste un choc pour l'économie européenne mais la déviation anticipée sur les données économiques pourrait s'avérer trop modeste pour justifier rapidement un nouvel assouplissement monétaire, selon les observateurs.
A.Jones--AMWN