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Autour de Roissy, les riverains victimes du bruit, mais pas de couvre-feu à l'horizon
"Ma vie, c'est un enfer", souffle Clara au moment où un avion fend le ciel bleu de Gonesse, près de Roissy. Cette hôtesse de l'air ne peut plus supporter ces bruits incessants, nocifs pour la santé, et plaide pour un couvre-feu la nuit.
Cette commune du Val-d'Oise d'environ 27.000 habitants, située à quelques kilomètres des aéroports Paris-Charles de Gaulle et du Bourget, est très exposée aux nuisances sonores aériennes.
En mars 2024, une consultation citoyenne est organisée dans près de 150 villes franciliennes. L'interdiction nocturne des vols sur plusieurs aéroports est approuvée à environ 97% des voix exprimées.
Si un couvre-feu a été instauré en 1968 à l'aéroport d'Orly, au sud de Paris - aujourd'hui entre 23H30 et 06H00 -, il n'existe pas à Roissy, au nord.
En ce samedi de septembre, le forum des associations de Gonesse grouille de monde et les avions, qui défilent à quelques minutes d'intervalle, font partie du décor. A basse altitude, le sigle de la compagnie aérienne est souvent visible. Le ressenti des habitants interrogés par l'AFP varie de la colère à l'adaptation voire la résignation.
Juliette (prénom modifié) se dit "tellement habituée" aux nuisances sonores que ça ne lui "fait plus rien". Cette femme de 60 ans n'entend pas les avions la nuit, seulement à partir de 05H00 du matin.
L'aéroport de Roissy a affiché 470.000 décollages et atterrissages en 2024, dont quelque 17.000 entre 00H30 et 05h00, rapporte le gestionnaire Aéroports de Paris (ADP).
- "Droit à la tranquillité" -
Arrivée à Gonesse en 2009, Karima, mère au foyer de 48 ans, se souvient du bruit la nuit à son arrivée, "devenu banal avec le temps".
Pour Jacques, 60 ans, "la nuit, c'est infernal". "L'été on ne peut inviter personne parce qu'on est sous le bruit des avions et la nuit on ne dort pas", dénonce-t-il.
En 2024, selon Bruitparif, le bruit aérien enregistré à Gonesse (62 décibels) est supérieur à la valeur limite réglementaire (55) ou celle recommandée par l'OMS (45).
Selon ce même observatoire, qui s'appuie sur des données de 2019, 30,4 mois de vie en bonne santé seraient perdus dans cette commune du fait du bruit cumulé des transports, dont 23,3 mois en raison de l'aérien.
Il est environ minuit, fin août, quand l'hôtesse de l'air Clara, 50 ans, filme dans sa cuisine à Gonesse le passage bruyant d'un avion. Des nuisances incessantes, d'après elle, qui veut déménager.
Elle ne décolère pas contre ceux qu'elle appelle les "bobos de Paris" qui "vont voter à gauche" mais "polluent les autres" en prenant l'avion.
Dormant grâce à des bouchons d'oreille, Clara exige un "droit à la tranquillité". "Quand vous avez un tapage nocturne, vous appelez la police. On appelle qui?", interroge-t-elle.
- "Fatalistes" -
Clara comme Jacques (prénoms modifiés) appartiennent à l'Association de défense contre les nuisances aériennes (Advocnar), qui tient un stand au forum des associations. Sous le chapiteau blanc, deux t-shirts rouges avec l'inscription: "Stop vols de nuit".
"On peut réduire le trafic la nuit, voire mettre un couvre-feu. C'est le cas à Orly, à Nantes plus récemment, à Francfort où il y a un couvre-feu partiel", défend Françoise Brochot, la présidente de l'Advocnar.
"On est tout à fait conscient des nuisances que génère le trafic aérien, à commencer par les nuisances sonores", convient Yannael Billard, directeur du développement durable au sein d'ADP, notant cependant une "diminution" de ces dernières, notamment grâce aux nouvelles générations d'avion.
Mais le gestionnaire n'est pas favorable à un couvre-feu à Roissy, qui "mettrait très singulièrement en péril l'aéroport et, a fortiori, l'activité cargo".
Très engagé contre les nuisances aériennes, Jean-Pierre Blazy, maire socialiste de Gonesse, déplore l'absence, selon lui, de discussions pour réduire les vols de nuit.
Dans cette commune, les réactions sont souvent "fatalistes", constate la présidente de l'Advocnar. "Ce sont les plus impactés, et ce sont eux qui adhèrent le moins" à l'association, regrette Françoise Brochot.
A.Rodriguezv--AMWN