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La "lutte quotidienne pour la survie" des enfants d'Haïti
Violée en allant chercher de l'eau, Ania, 15 ans, fait partie des plus de 680.000 enfants haïtiens déplacés par la violence des gangs dans un pays où, pour les plus jeunes, chaque journée est synonyme de "lutte pour la survie", alerte mercredi l'Unicef.
"Il s'est produit beaucoup de choses dans ma vie. Si je n'étais pas courageuse, je ne serais pas là aujourd'hui", raconte à l'agence onusienne Ania (son nom a été modifié), battue et violée par plusieurs hommes.
L'adolescente n'est malheureusement pas une victime isolée: en Haïti, "les enfants ne sont pas seulement des victimes collatérales. Ils sont directement ciblés", insiste l'Unicef dans ce rapport publié mercredi.
"Haïti est au point de rupture, il est clair que cette génération ne peut pas continuer à attendre de l'aide", déclare à l'AFP depuis Haïti Roberto Benes, directeur régional de l'agence pour l'Amérique latine et les Caraïbes.
"Nous ne pouvons pas permettre que cette génération soit oubliée", insiste-t-il, s'inquiétant que le pays le plus pauvre des Amériques soit "invisible" au milieu des autres crises mondiales.
En 2024, l'ONU a dénombré en Haïti 2.269 "graves violations" contre 1.373 enfants, dont 213 tués, 138 blessés, 566 victimes de violences sexuelles (dont 406 viols et 160 viols collectifs), et 302 recrutés par des gangs.
Un total "près de cinq fois supérieur à celui de l'année précédente – et probablement bien inférieur à la réalité, puisque la plupart des cas ne sont pas signalés dans les zones sous contrôle des groupes armés", note le rapport.
L'agence estime que 2,7 millions de personnes, dont 1,6 million de femmes et d'enfants, vivent désormais dans des zones contrôlées par les gangs, soit près d'un quart de la population.
Et dans ces zones, notamment la capitale Port-au-Prince, presque entièrement aux mains de ces groupes armés, "le traumatisme constitue le quotidien d'innombrables enfants", témoins de meurtres ou contraints de fuir au milieu de la nuit.
- "Avoir un avenir" -
"Si les services de protection ne sont pas rétablis d'urgence, une génération entière risque de grandir dans la peur, exposée sans cesse à la violence et à l'exploitation", met en garde l'Unicef.
Dans ce contexte, le nombre d'enfants déplacés -- parfois plusieurs fois -- par la violence a quasiment doublé au cours de l'année écoulée pour atteindre plus de 680.000, sur plus de 1,3 million de déplacés au total.
Des mineurs qui se retrouvent parfois seuls, trouvant refuge dans des bâtiments abandonnés, des écoles ou des abris de fortune où s'entassent des déplacés sans eau potable ni système d'assainissement, conditions propices à la propagation de maladies, notamment le choléra.
En 2025, plus de 3,3 millions d'enfants ont d'autre part besoin d'aide humanitaire, contre 3 millions l'année dernière, et 1 million sont en insécurité alimentaire sérieuse.
"Pour les enfants en Haïti, cette accumulation de crises est synonyme de lutte quotidienne pour la survie, d'écoles fermées, d'hôpitaux débordés et d'enfances écourtées par la violence, la négligence, l'exploitation et la faim", alerte l'Unicef.
"Ce que je souhaite pour les enfants d'Haïti, pas seulement les miens, c'est de finir leurs études, apprendre un métier et avoir un avenir", résume Blandine (son nom a été changé), mère de deux enfants citée par l'Unicef, déplacée après des attaques répétées de gangs à Kenscoff, dans la banlieue de Port-au-Prince.
La privation d'éducation est d'ailleurs un des problèmes majeurs pointés du doigt par le rapport.
"Le système éducatif est attaqué. (...) Au moins un enfant en Haïti sur quatre est déscolarisé", indique l'Unicef.
Ce qui augmente les risques d'être recruté de force par les gangs. "Des enfants âgés parfois d'à peine 10 ans sont contraints de porter des armes, de faire le guet ou d'accomplir d'autres tâches dangereuses".
Le Conseil de sécurité de l'ONU a donné son feu vert fin septembre à la transformation de la mission multinationale de soutien à la police haïtienne en une force antigang plus robuste pour tenter d'endiguer la violence qui ravage le pays, frappé depuis longtemps par une avalanche de crises, politique, humanitaire et sécuritaire.
Th.Berger--AMWN