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Après les émeutes au Népal, la ruée de la "Génération Z" sur les listes électorales
Les jeunes Népalais auraient-ils repris espoir dans la politique ? Un mois après avoir obtenu dans la rue la chute du gouvernement, la "Génération Z" se presse pour s'inscrire sur les listes électorales et participer aux législatives de mars prochain.
Ce matin-là, la file des futurs électeurs s'étire jusqu'à l'extérieur d'un petit bureau de la commission électorale, dans la capitale Katmandou.
"Le nouveau gouvernement a été bâti sur les corps de tous ceux qui ont été tués", rappelle l'un d'eux, Niranjan Bhandari, un étudiant de 21 ans.
"C'est pourquoi nous comptons bien, lors du prochain scrutin, nous débarrasser de tous ceux qui s'accrochent au pouvoir depuis si longtemps", ajoute le jeune homme, déterminé.
Le 8 septembre, des milliers de jeunes Népalais ont défilé dans tout le pays pour dénoncer le blocage des réseaux sociaux et, surtout, la corruption des élites politiques qui se partagent le pouvoir depuis l'abolition de la monarchie en 2008.
Réprimées dans le sang, ces manifestations se sont transformées en soulèvement populaire en bonne et due forme dès le lendemain, lorsque la plupart des symboles du pouvoir, dont le parlement, ont été incendiés ou saccagés par la foule en colère.
Le Premier ministre d'obédience maoïste KP Sharma Oli n'a eu d'autre choix que de démissionner, remplacé par un gouvernement provisoire mené par l'ex-cheffe de la Cour suprême, Sushila Karki, jusqu'à des législatives anticipées annoncées le 5 mars.
Selon un bilan officiel, ces protestations ont fait au moins 73 morts et des centaines de blessés.
Si elle a pris le pays par surprise, cette flambée de violences a révélé un mal profond. Celui d'une jeunesse désabusée et surtout largement privée d'emploi, au point que des centaines de milliers d'entre eux doivent s'exiler pour trouver du travail.
- "J'ai hâte" -
En 2024, la Banque mondiale a évalué à 20% le taux de chômage des 15-24 ans.
Tout au long de la contestation, les vidéos décrivant le luxe extravagant de la jeunesse dorée du pays ont inondé les réseaux sociaux.
La nouvelle Première ministre a promis de s'atteler aux revendications des protestataires. Mais selon la Banque mondiale, "l'incertitude politique" créée par les émeutes devrait "ralentir la croissance" autour de 2,1%, contre 4,6% l'an dernier.
Dans ces conditions, la plupart de ceux qui ont crié leur ras-le-bol comptent plutôt sur leur bulletin de vote pour satisfaire leurs exigences.
"Je vais voter pour la toute première fois de ma vie", se réjouit Sambriddhi Gautma, une future comptable de 20 ans rentrée spécialement d'Inde voisine où elle achève ses études pour s'inscrire sur les listes électorales. "J'ai vraiment hâte".
"Il faut absolument installer au pouvoir d'autres gens, capables d'éradiquer la corruption et de rendre notre pays meilleur", renchérit Samiksha Adhikari, 32 ans, une consultante qui entend bien ne pas manquer l'occasion du scrutin de mars.
"Je veux choisir quelqu'un qui travaillera vraiment pour le bien de la nation", insiste-t-elle.
Une volonté largement partagée, semble confirmer la porte-parole du bureau local de la commission électorale. Sirjana Rayamajhi confie accueillir dans ses murs jusqu'à 400 personnes par jour, quatre fois plus que pour les scrutins précédents.
"L'affluence est énorme", décrit-t-elle. "Cette Génération Z fait preuve d'un vrai enthousiasme. Ces jeunes veulent qu'une autre génération apporte un changement au pays. Ces derniers jours, ils sont les seuls à se presser ici".
Lors des dernières élections parlementaires en 2022, près de 18 millions de jeunes Népalais de 18 ans étaient inscrits sur les listes. Les futurs votants ont jusqu'à la mi-novembre pour grossir leurs rangs.
L.Mason--AMWN