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Les Grecs manifestent leur colère trois ans après une collision ferroviaire meurtrière
La Grèce marque samedi le troisième anniversaire de la collision ferroviaire meurtrière de Tempé, étincelle d'une colère qui ne s'est jamais apaisée depuis, face aux failles de l'enquête judiciaire.
Plus de 70 manifestations sont prévues à travers le pays qui sera en partie à l'arrêt. Aucun train ni ferry ne circulera.
A Athènes, où un rassemblement est prévu en milieu de journée devant le Parlement, les commerçants du centre devraient baisser le rideau en hommage aux 57 morts de cet accident mais aussi en raison des risques d'échauffourées avec la police.
L'an dernier, plus de 300.000 personnes avaient défilé, l'un des plus gros rassemblements en Grèce depuis les grandes manifestations anti-austérité durant la crise financière.
Des violences avaient toutefois émaillé cette commémoration.
L'Association des familles de victimes, qui qualifie cette collision de "crime", a appelé les Grecs à rejoindre les cortèges afin d'appuyer sa demande d'"une véritable justice".
- Méprisés -
Cet accident ferroviaire, le plus meurtrier jamais intervenu en Grèce, est "l'expression d'une politique inhumaine (...) qui engendre et dissimule des crimes", selon elle.
"Au-delà de la douleur due à la perte de nos proches, il y a ce sentiment d'être bafoués, méprisés, et celui (...) que ce crime, comme les autres, sera étouffé", a confié à l'AFP Maria Karystianou, la mère d'une victime qui s'apprête à lancer un parti politique.
"Nous ne voulons pas seulement demeurer un mouvement de protestation", a également expliqué cette pédiatre de 53 ans, avant d'ajouter: "Nous voulons vraiment voir des choses changer en Grèce".
Le 28 février 2023, à 23H22 (21H22 GMT), dans la vallée de Tempé (centre), un train de marchandises entre en collision frontale avec un train convoyant quelque 350 personnes d'Athènes à Thessalonique (nord).
Le choc est brutal. La plupart des victimes sont des étudiants de retour du week-end festif de carnaval.
Et les interrogations fusent aussitôt. Comment deux trains ont-ils pu circuler sur la même voie pendant plus de 10 minutes sans qu'aucun système d'alarme ne soit déclenché?
Les Grecs découvrent alors avec effroi les failles de sécurité de leur réseau ferroviaire, miné par des années de gestion indigente, et des systèmes de signalisation vétustes.
Leur modernisation accuse un retard de plusieurs années malgré l'octroi de fonds européens conséquents et les alertes des syndicats.
- "Assassins!" -
Descendus dans la rue dès le lendemain de la collision, au cri d'"assassins!", les Grecs réclament des comptes à des responsables politiques accusés d'incurie, de corruption et de dissimulation des responsabilités.
Contrit, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, tout en imputant l'accident à "des erreurs humaines fatales", admet en 2025 "des défaillances chroniques de l'Etat".
Confortablement réélu quatre mois après la catastrophe, le dirigeant conservateur a dû néanmoins affronter deux motions de censure en lien avec cette affaire.
La cheffe du Parquet européen, Laura Kövesi, a assuré que cette collision aurait pu être évitée si le système de signalisation avait été modernisé dans les temps avec les fonds de l'UE.
Ce scandale s'est par la suite doublé d'un fiasco judiciaire.
Deux anciens membres du gouvernement Mitsotakis font l'objet d'une procédure, mais aucun n'a encore comparu devant un tribunal. L'absence de comparution alimente la rancœur dans un pays où la défiance envers les politiques est grande.
Des preuves précieuses ont par ailleurs été perdues quand, quelques jours seulement après la collision, le site a été rasé au bulldozer.
Plusieurs parents de victimes ont également réclamé que des expertises soient menées afin de déterminer si leurs enfants ont été tués par la collision ou par l'incendie qui s'est déclenché par la suite.
Une quarantaine de personnes, dont le chef de gare en poste ce soir-là, doivent être jugés à partir du 23 mars.
Avant les commémorations de samedi, les noms des 57 victimes ont de nouveau été peintes en rouge sur l'esplanade du Parlement, face à la place Syntagma.
C'est sur ces mêmes lieux à Athènes que le père d'une victime avait observé une grève de la faim pendant plus d'un mois l'an dernier.
O.M.Souza--AMWN