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Marylise Léon, le réformisme radical conforté à la tête de la CFDT
Marylise Léon, reconduite jeudi à la tête de la CFDT pour quatre ans, s'est imposée depuis 2023 à la tête du premier syndicat français en prônant d'un côté la "nuance" dans le dialogue social mais de l'autre un rejet sans concessions de l'extrême droite dans le champ politique.
"La vraie radicalité, aujourd'hui, c'est d'assumer la nuance", a déclaré Marylise Léon, 49 ans, devant les délégués du 51e congrès de l'organisation à Bordeaux. "Dans une époque qui somme chacun de choisir son camp et de hurler avec lui, tenir la nuance, c'est tout sauf mou."
"La négociation n'est jamais la faiblesse", "le compromis n'est pas la faiblesse", affirme encore la dirigeante syndicale.
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou voit en elle "une interlocutrice de référence qui incarne un engament syndical moderne et constructif". "Elle joue un rôle moteur dans la relance du dialogue social, sur des enjeux aussi essentiels et d'avenir que les jeunes ou l'IA", selon une déclaration du ministre à l'AFP.
Marylise Léon "poursuit autant qu'elle peut la conversion de longue durée de la CFDT au dialogue social, plutôt qu'à la conflictualité sociale, ce qui n'est pas évident dans la période, avec un macronisme qui a tenu à l'écart les syndicats dans la définition des politiques publiques et un patronat aux positions volontiers maximalistes", commente l'historien spécialiste des syndicats Stéphane Sirot.
"Elle est à l'écoute et a beaucoup d'empathie. Sincère et drôle, c'est très agréable de travailler avec elle", décrit l'ancien président de la CFE-CGC François Hommeril, qui a tiré sa révérence début juin.
Née le 23 novembre 1976 au Mans, mère de deux enfants, Marylise Léon a été la deuxième femme à prendre la tête de la confédération après Nicole Notat - qui l'a dirigée de 1992 à 2002 -, en succédant en juin 2023 à Laurent Berger.
Elle arrive à la tête du premier syndicat après le passage en force du gouvernement sur la réforme des retraites en dépit d'une très large mobilisation de la rue et d'une unité syndicale sans faille contre le relèvement de l'âge de départ à 64 ans.
- Parcours d'"experte" -
Après l'échec du conclave initié par François Bayrou en 2025 pour rendre cette réforme socialement plus acceptable, Marylise Léon dénonce l'intransigeance du patronat.
Elle obtient une victoire à l'automne avec la suspension de la réforme. Jean-Pierre Farandou relève qu'ensuite, "sous sa direction, la CFDT s’est pleinement engagée dans la conférence travail, emploi, retraites avec l'ambition de remettre le travail au centre du débat public".
Son autre combat assumé, à dix mois de la présidentielle, reste contre la montée du RN: "Nous luttons aujourd'hui, et nous lutterons demain contre les idées et les actes de l'extrême droite", a-t-elle réaffirmé au congrès de Bordeaux.
Une ligne - commune avec celle de la dirigeante de la CGT Sophie Binet - qu'entend défendre lors de la présidentielle celle qui, il y a trois ans, reconnaissait volontiers que son parcours était plus celui d'une "experte" que d'une "militante".
Secrétaire générale adjointe de 2018 à 2023, Marylise Léon était chargée de dossiers stratégiques comme l'assurance-chômage et les relations intersyndicales. Elle représentait la CFDT au sein du Pacte du pouvoir de vivre, alliance de plus de soixante organisations agissant pour la convergence des questions écologiques et sociales.
Diplômée en chimie, elle a notamment travaillé comme responsable sécurité environnement dans un cabinet de conseil.
En 2003, peu après la catastrophe AZF, elle est embauchée à l'institut d'étude et de formation de la fédération Chimie énergie de la CFDT pour épauler les représentants syndicaux dans les entreprises sur les questions de sécurité et d'environnement.
A partir de 2009 elle est chargée au sein de cette fédération des questions de santé au travail et du suivi des branches chimie, verre et papier carton. En 2014, elle entre à la Confédération comme secrétaire nationale confédérale, en charge des dossiers développement durable, responsabilité sociale des entreprises, politique industrielle et énergétique, dialogue social.
"Ce n'est pas aux plus fragiles, à ceux et celles qui n'en ont pas les moyens de payer la transition écologique", affirme-t-elle aujourd'hui.
D.Cunningha--AMWN