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Des cours verdies et sans bitume, première étape contre la chaleur à l'école
Quelques degrés en moins et "un climat scolaire plus apaisé": à Lille, la végétalisation et la désimperméabilisation des cours face au réchauffement climatique donnent des résultats positifs, mais l'adaptation plus globale des écoles avance à petits pas, faute de stratégie nationale.
Alors que le mercure a dépassé les 30 degrés fin mai, les élèves de l'école maternelle André, dans le sud de Lille, ont pu profiter de l'ombre des arbres et de jeux en bois, qui attirent moins la chaleur que les anciens toboggans.
Cette école fait partie depuis la rentrée 2024 des 17 sur les 80 établissements scolaires lillois dont la cour ne comporte plus de bitume.
En raison du changement climatique, des vagues de chaleur plus fréquentes, longues et intenses pourraient empiéter régulièrement sur les périodes scolaires.
L'adaptation est donc cruciale. Depuis une dizaine d'années, les collectivités françaises végétalisent de plus en plus leurs cours d'école, avec des "résultats tangibles", note Elodie Briche, référente nationale sur la surchauffe urbaine à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe).
"Il y a des écarts de température de l'air significatifs, avec une réduction de 2 à 4 degrés dans les zones ombragées et végétalisées par rapport aux zones minérales", précise-t-elle.
A Lille, la mairie socialiste a ainsi lancé en 2018 un chantier d'ampleur, qui a permis de végétaliser toutes les cours d'école, et d'en débitumiser deux à trois chaque été, avec un budget de 1,2 million d'euros par an.
A l'école maternelle André, des dalles poreuses permettent à l'eau de s'infiltrer et rendent les surfaces plus fraîches, des espaces de terre en côtoient d'autres recouverts de copeaux de bois et des végétaux "qui suivent les saisons".
Pour sa directrice Karen Cappele, cette rénovation énergétique a eu "un impact énorme sur le climat scolaire, qui est beaucoup plus apaisé".
Certaines cours d'école sans bitume profitent aussi aux voisins: dans deux quartiers défavorisés de Lille, elles seront ouvertes aux habitants cet été, hors temps scolaire.
- Adaptations -
En cinq ans, de multiples ajustements ont été nécessaires.
Il a ainsi fallu prendre en compte "qu'une pelouse l'hiver dans le Nord, ça ne fonctionne pas: elle devient une étendue de gadoue", sourit Charlotte Brun, adjointe à la mairie de Lille chargée de l'éducation et des finances.
Certaines écoles ont placé des bacs pour que les élèves déposent en fin de récréation les copeaux de bois qu'ils avaient tendance à emporter, raconte-t-elle aussi.
A l'école André, un préau en dur a été ajouté pour garantir un espace ombragé supplémentaire. Le bâtiment lui-même a en parallèle été rénové, avec l'ajout de stores extérieurs.
Car réaménager les cours, "c'est très bien mais ce n'est pas suffisant" pour lutter contre la chaleur dans l'école, souligne Alain Talleu, secrétaire départemental Snuipp-Fsu et directeur d'une école élémentaire lilloise: les salles de classe doivent être adaptées également, selon lui.
- "Combinaison de solutions" -
Pour adapter une ville au changement climatique, "il n'y a pas +la+ bonne solution, c'est une combinaison de solutions qui doivent s'adapter à l'environnement urbain local, à la densité urbaine, au climat local, etc.", confirme Emmanuel Bozonnet, professeur à l'université de La Rochelle et expert des microclimats urbains.
Mais de tels travaux requièrent des financements importants, parfois complexes à débloquer pour les collectivités en raison de la multiplicité d'organismes et de conditions.
En outre, il n'existe pas d'objectifs nationaux spécifiques en matière de réduction de température dans les villes ou dans les écoles.
Il reste de toute façon difficile d'évaluer avec précision l'efficacité des mesures, faute notamment de relevés détaillés de températures dans chaque école: "il n'y a pas d'approche coût-bénéfice d'ensemble", relève Emmanuel Bozonnet.
Au sein de la Métropole européenne de Lille, un groupe de communes partagent leurs bonnes pratiques. Mais pour Charlotte Brun, "l'Etat doit prendre sa part de responsabilité", en "massifiant le soutien à ces investissements de transformation".
Elodie Briche rappelle que depuis 2023, un volet du Fonds vert est dédié à la rénovation du bâti scolaire.
Au-delà de la chaleur, l'adaptation doit prendre en compte d'autres risques liés au changement climatique. La désimperméabilisation, certes plus onéreuse que la simple végétalisation, permet ainsi de mieux lutter contre les inondations, souligne-t-elle.
O.M.Souza--AMWN