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La centrale nucléaire dévastée de Fukushima, un chantier herculéen
Onze ans après l'accident à la centrale nucléaire japonaise de Fukushima Daiichi frappée par un tsunami, environ 4.000 personnes travaillent toujours quotidiennement à des opérations complexes de nettoyage et de démantèlement prévues sur des décennies.
Voici un bref rappel des faits de la pire catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl (Ukraine) en 1986 et des défis restant à relever.
Les dégâts
Trois des six réacteurs de la centrale - les unités 1, 2 et 3 - étaient en service lorsque le tsunami, consécutif à un puissant séisme sous-marin, a déferlé le 11 mars 2011. Leurs systèmes de refroidissement sont tombés en panne quand des vagues ont inondé les générateurs de secours, provoquant la fusion des coeurs des trois réacteurs.
Des explosions d'hydrogène dans les unités 1, 3 et 4 ont par ailleurs causé d'importants dégâts, toujours visibles en divers endroits, comme les ruines de la charpente métallique au sommet de l'unité 1.
Des travaux de couverture se poursuivent à l'aide de grues, tandis que des ouvriers en combinaison et munis de dosimètres font fonctionner d'autres machines. Des couloirs verts peints le long des routes indiquent où ils peuvent marcher sans équipements de protection renforcés.
Les barres de combustible
Au moment de l'accident, les six réacteurs avaient des barres de combustible usagé dans des piscines de refroidissement. Les barres ont été retirées de deux unités et le processus est en cours dans les unités 5 et 6, non endommagées.
Mais dans le réacteur n°1, de grandes quantités de gravats radioactifs doivent être dégagées au préalable. Pour éviter de répandre de la poussière radioactive, les travailleurs installent un nouveau toit et ainsi l'extraction des gravats devrait seulement commencer vers 2027.
Dans l'unité 2, les niveaux de radiation sont si élevés que l'exploitant de la centrale, Tepco, prévoit d'accéder aux barres en envoyant des robots depuis deux plateformes surélevées, dont l'une a déjà été construite. Le retrait des barres devrait y commencer vers le printemps 2024.
Débris de combustible fondu
Dans les unités 1 à 3, le combustible des réacteurs et d'autres matériaux ont fondu puis se sont solidifiés en débris hautement radioactifs, un immense casse-tête sur lequel Tepco planche depuis déjà sept ans.
"Nous avons commencé à examiner l'intérieur du réacteur n°1 en février" et "nous prévoyons que le réacteur n°2 sera le premier duquel nous retirerons les débris de combustible cette année", explique à l'AFP Keisuke Matsuo, un chargé de communication de la centrale.
Développé au Royaume-Uni par Veolia Nuclear Solutions et Mitsubishi Heavy Industries, le bras robotique de plus de 20 mètres de long qui sera utilisé pour cette mission a été livré en juillet dernier après un retard dû à la pandémie. Il est actuellement testé.
Eau contaminée
La centrale génère en moyenne 140 m3 d'eau contaminée par jour, à cause des intempéries, des nappes souterraines et des eaux de refroidissement.
Tepco a bétonné des sols, installé des pompes et construit un mur de glace souterrain, mais le problème persiste.
L'eau est récupérée et filtrée pour éliminer divers radionucléides, mais pas le tritium qui ne peut être éliminé avec les technologies existantes.
Aussi 1,29 million tonnes d'eau s'entassent actuellement dans plus d'un millier de réservoirs blancs, gris et bleus sur le site de la centrale, dont les espaces de stockage devraient être épuisés d'ici un an environ.
Dans le cadre d'un plan gouvernemental, l'eau doit être diluée pour réduire les niveaux de tritium avant d'être rejetée en mer via un conduit sous-marin d'un kilomètre de long, un processus qui devrait s'étaler sur de nombreuses années.
Bien qu'il ait été approuvé par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), ce projet est critiqué par des pays voisins du Japon, des ONG environnementales et des communautés locales de pêcheurs.
"Nous pensons que l'eau traitée est sûre", assure M. Matsuo, mais "nous ne pouvons pas commencer à libérer l'eau sans l'adhésion de ceux qui seront concernés".
Une facture pharaonique
Le coût total du démantèlement, qui devrait durer de 30 à 40 ans, est actuellement estimé à 8.000 milliards de yens (63,5 milliards d'euros), que Tepco dit pouvoir couvrir. Mais ce chiffre ne comprend pas le coût du traitement et d'élimination des eaux contaminées.
O.Norris--AMWN