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Les jeunes, angle mort de la lutte contre le gaspillage alimentaire en France
Entre des portions pas adaptées pour une vie en solitaire, un mode de vie qui rend difficile l'organisation des repas et parfois une précarité poussant à consommer des produits qui se conservent moins bien, les jeunes sont ceux qui gaspillent le plus de nourriture en France.
Lors d'Etats généraux sur le gaspillage alimentaire organisés à l'Assemblée nationale mi-mars, l'ingénieure agronome spécialisée dans la consommation Pascale Hebel en fait le constat: 46% des 18-24 ans ont déjà jeté au moins une fois dans le mois un yaourt contre 28% des 45-54 ans et 8% des 65 ans et plus.
Idem pour les biscuits: 35% des 18-24 ans contre 15% des 45-54 ans et 7% des 65 ans et plus, selon un panorama des tendances de consommation d'octobre 2024 réalisé par le cabinet qu'elle dirige, C-Ways.
Une étude de l'application Too Good To Go publiée en mai 2024 affirmait pourtant que 8 étudiants sur 10 identifiaient l'anti-gaspi comme une solution pour l'environnement. Alors pourquoi les jeunes gaspillent ?
Ce gâchis n'est bien souvent pas intentionnel.
Parmi les raisons avancées: le petit budget de cette tranche d'âge, qu'ils soient étudiants ou jeunes actifs aux salaires de débutants.
Selon une étude menée par C-Ways pour l'Observatoire des vulnérabilités alimentaires 2024 de la Fondation Nestlé, "58% des 18-24 ans sont en insécurité alimentaire". Or, paradoxalement, "quand on est en difficulté, on jette plus", relève Pascale Hebel.
Il est parfois difficile de cuisiner faute d'équipement, explique-t-elle en soulignant que 20% des personnes en insécurité alimentaire n'ont par exemple pas de réfrigérateur.
Pour Emmeline Vriest, co-fondatrice de l'association Aux Goûts du Jour, qui accompagne différents publics dans l'amélioration de leurs comportements alimentaires, les jeunes en situation de précarité peuvent se tourner vers "des aliments à bas prix et donc qui se conservent souvent moins bien".
A cela, s'ajoute un problème dans "les conditionnements des aliments qui ne sont pas forcément adaptés à la vie seule", tels que le pain, premier produit alimentaire gaspillé, souligne-t-elle.
Les derniers chiffres de l'Insee indiquent qu'en 2021, 22% des 20-24 ans vivent seuls dans leur logement. Et les colocataires ne partagent pas forcément leur repas.
- Education -
Une mauvaise organisation peut aussi jouer, avance une étude OpinionWay-Smartway (une start-up qui aide les distributeurs à éviter de jeter des invendus) sur les Français et le gaspillage alimentaire (réalisée en ligne en juin 2023 sur un échantillon de 1.008 personnes).
Selon ce sondage, 42% des 18-24 ans déclarent jeter un produit en raison d'une date de péremption dépassée, contre 20% des 65 ans et plus, et 17% des plus jeunes jettent de la nourriture après avoir cuisiné en trop grande quantité, contre 8% des 65 ans et plus.
Des jeunes témoignent de ces difficultés, à l'image d'Antsa qui s'est confiée à l'AFP dans la queue d'une distribution alimentaire organisée tous les jeudis dans le 20e arrondissement de Paris par l'association Linkee, qui récupère des denrées invendues auprès de magasins ou professionnels de l'événementiel et les distribue à des étudiants.
Antsa doit jongler entre son travail d'équipière dans un McDo et ses études. "Je prends le temps de cuisiner mais il m'arrive souvent de devoir manger au travail. Alors ce que j'ai préparé reste à la maison et pourrit", regrette l'étudiante en sciences politiques de 19 ans.
Pour Emmeline Vriest, il est nécessaire que les politiques publiques s'adaptent à une jeunesse aux modes de vie et de consommation hétérogènes, qui ne se réduisent pas seulement aux fast-food et aux plats préparés.
"On est face à une génération dont les plus précaires vont être tributaires des aides alimentaires et les plus aisés vont plus facilement consommer en restauration rapide livrée à domicile", souligne l'ingénieure agroalimentaire.
L'éducation alimentaire est à ses yeux un levier d'action essentiel qui ne doit pas se limiter à l'école.
Elle est aussi "importante à l'âge adulte, surtout pour les jeunes qui sont dans un moment de transition, de première gestion d'un budget, après avoir quitté leur famille, leurs habitudes ne sont pas encore ancrées", affirme-t-elle.
P.Silva--AMWN