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A Chablis, nuit de lutte pour limiter les dégâts du gel sur les vignes
"On aura quand même des dégâts": à Chablis, vignoble emblématique du nord de la Bourgogne, les vignerons espèrent vendredi que leur lutte nocturne aura limité l'impact de températures tombées à - 6°C sur les bourgeons précoces.
Les pieds dans les vignes blanchies par le gel, les yeux embrumés de fatigue, Jean-Paul Durup constate que "les systèmes de protection ont très, très bien fonctionné", là où ils ont pu être installés.
"Par contre, c'est évident qu'il y aura des dégâts dans les zones non protégées", lâche le viticulteur à l'AFP, craignant pour les prestigieux vins blancs du Chablisien, qui s'exportent de par le monde.
Comme des milliers de vignerons bourguignons, le sommeil a été rare, entrecoupé par les alarmes que lancent sur les portables les sondes installées dans les parcelles, quand la température baisse trop.
Il faut alors se ruer pour enclencher les systèmes de prévention, pour ceux qui en ont: bougies, chaudières à pellets, asperseurs d'eau ou autres éoliennes, qui brassent l'air afin de ramener le courant chaud vers la vigne.
"Les alertes peuvent arriver à 2H00, 3H00 du matin", explique M. Durup dans la nuit étoilée, en surveillant le fonctionnement de son asperseur. La machine diffuse de l'eau qui, en gelant, protège les bourgeons d'une coque de glace.
Jean-François Bordet, du Domaine Séguinot-Bordet, tout près de Chablis, a "tout mis": "un millier de bougies, les asperseurs, les tours antigel", qui brassent et redistribuent l'air chaud vers les ceps.
"On a décidé de prendre le taureau par les cornes, depuis 2021", ajoute M. Bordet, coprésident de la Commission Chablis au Comité des vins de Bourgogne, l'interprofession.
"On aura quand même quelques dégâts", reconnaît-il sans pouvoir être plus précis pour l'instant.
En 2021, la récolte avait été amputée de moitié en Bourgogne, en raison d'un gel survenu début avril. "Ca ne sera pas aussi catastrophique cette année", rassure M. Bordet.
- Dérèglement climatique -
La lutte antigel pèse sur les finances des vignerons. "C'est un moyen onéreux", reconnaît M. Bordet. Tous ne peuvent se le permettre, ou alors pas sur toutes leurs parcelles. Des milliers d'hectares ne sont donc pas protégés.
Chaque bougie avoisine, par exemple, les 10 euros, hors taxes. Il en faut plus de 400 à l'hectare et elle ne dure que six à huit heures. Et "ce n'est pas très écologique", reconnaît M. Bordet.
"Des gelées comme ça, on en a déjà eu mais c'est la première fois que la végétation est autant en avance. Quand j'étais petit, elle était comme ça en mai", se souvient Jean-Paul Durup, en montrant les bourgeons sur les ceps.
"C'est le dérèglement climatique. On a des mois de février-mars bien trop chauds", explique Thiébault Huber, président de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB).
En Côte d'Or, les prestigieuses parcelles de Pommard, Meursault et autre Montrachet se sont elles aussi parées de bougies scintillantes, mais les dégâts devraient y être "assez limités", espère François Labet du Château de la Tour dans le très réputé Clos de Vougeot. "On a mis des bougies mais, par chance, il n'a pas fait aussi froid qu'à Chablis."
Les vignerons ne devraient pas connaître de répit, la période de gels potentiels se poursuivant jusqu'aux fameux saints de glace (1, 11 et 12 mai).
"Il y a de fortes chances que nous ayons une très longue nuit la nuit prochaine", laisse tomber M. Durup. "Au bout d'un moment, c'est fatiguant."
L.Miller--AMWN