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La destruction prévue de contraceptifs par l'administration Trump suscite un tollé
La décision de l'administration américaine de détruire un vaste stock de contraceptifs féminins suscite un tollé, des ONG, associations féministes et élus dénonçant un "gâchis" et une nouvelle attaque contre les droits des femmes.
En France, où ces contraceptifs actuellement stockés en Belgique pourraient être incinérés, des voix s'élèvent pour appeler Emmanuel Macron à ne pas être "complice de politiques rétrogrades".
Qu'a annoncé l'administration Trump?
L'information a été révélée le 18 juillet par The Guardian. Citant deux sources au sein du Congrès américain, le quotidien britannique affirme que l'administration Trump a décidé de détruire des contraceptifs féminins, essentiellement des stérilets et des implants, d'une valeur de 9,7 millions de dollars (8,3 millions d'euros).
Ces contraceptifs, destinés aux femmes vivant dans les pays les plus défavorisés, notamment en Afrique subsaharienne, sont stockés dans un entrepôt à Geel, en Belgique, et doivent être incinérés "fin juillet" en France, précisent les deux sources citées.
Sollicité par l'AFP, un porte-parole du département d'Etat américain confirme qu'une "décision préliminaire a été prise de détruire certains produits contraceptifs abortifs issus de contrats de l'USAID", l'agence américaine pour le développement international, passés sous la présidence de Joe Biden. La destruction de ces produits coûtera 167.000 dollars, précise-t-il.
Pourquoi Washington veut les détruire?
L'annonce de cette destruction s'inscrit dans la politique menée par Donald Trump depuis son premier mandat en 2017. A peine élu, le président américain avait signé un décret rétablissant la "politique de Mexico". Initialement entrée en vigueur sous la présidence du républicain Ronald Reagan à l'occasion d'une conférence internationale dans la capitale du Mexique en 1984, cette politique interdit le financement d'ONG étrangères pratiquant l'avortement ou militant activement en sa faveur.
A cela s'ajoutent le démantèlement de l'USAID et la révision à la baisse de l'aide internationale américaine, amputée le 18 juillet de quelque 9 milliards de dollars.
Interrogé par The Guardian, le département d'Etat américain a justifié sa décision en invoquant la "politique de Mexico". Il a également mis en avant la question des dates d'expiration des produits - mais selon des informations de presse, les contraceptifs expirent en réalité entre avril 2027 et septembre 2031.
Quelles alternatives à la destruction?
L'organisation internationale MSI Reproductive Choices a fait savoir qu'elle avait proposé "d’acheter, de reconditionner et de gérer la logistique" à ses frais "en veillant à ce que les produits parviennent aux personnes dans le besoin" - mais "ces efforts ont été rejetés à plusieurs reprises".
Même proposition faite - sans succès - par la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF) qui s'était dit prête à "collecter les produits à Bruxelles, les transporter et les reconditionner dans son entrepôt aux Pays-Bas, puis les distribuer aux femmes dans le besoin à travers le monde, tout cela sans aucun coût pour le gouvernement américain".
Le ministère belge des Affaires étrangères a de son côté indiqué à l'AFP avoir "engagé des démarches diplomatiques auprès de l’ambassade des États-Unis à Bruxelles" et être en train d'"explorer toutes les pistes possibles pour éviter la destruction de ces produits, y compris des solutions de relocalisation temporaire".
Quelles sont les réactions?
Aux Etats-Unis, la sénatrice démocrate du New Hampshire Jeanne Shaheen a dénoncé un "gâchis" et présenté, avec le sénateur démocrate de Hawaii, Brian Schatz, une proposition de loi pour empêcher leur destruction.
Côté associations féministes, l'IPPF a dénoncé un acte de "coercition reproductive intentionnelle" dans un manifeste signé également par le Planning familial français.
"La France a la responsabilité morale d'agir, un gouvernement qui inscrit fièrement le droit à l'avortement dans sa Constitution doit également œuvrer pour protéger la contraception et les droits des jeunes filles au-delà de ses frontières", a estimé la présidente du Planning Sarah Durocher.
La France est devenue en mars 2024 le premier pays à inscrire explicitement l'avortement dans sa Constitution.
Un avis partagé par les Ecologistes qui, dans une lettre ouverte adressée samedi à Emmanuel Macron, demandent au chef de l'Etat d'intervenir en urgence pour empêcher la destruction. "Notre pays ne peut se rendre complice, même indirectement, de politiques rétrogrades", estiment-ils.
Sollicité par l'AFP, l'Elysée n'a souhaité faire aucun commentaire.
bur-dl-vl-mad-mep/alu/mpm
F.Bennett--AMWN