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Nayib Bukele, le "dictateur cool" autoproclamé
Le président salvadorien Nayib Bukele, que le Parlement a autorisé jeudi à se représenter indéfiniment, jouit d'une immense popularité dans son pays autrefois parmi les dangereux du monde pour la guerre sans merci qu'il mène contre les gangs, et se présente avec ironie comme un "dictateur cool".
Une réforme constitutionnelle adoptée jeudi par le Parlement, contrôlé de façon écrasante par ses partisans, va permettre à M. Bukele, 44 ans, de briguer dès 2027 un troisième mandat, allongé à six ans au lieu de cinq, et de se représenter autant de fois qu'il le voudra par la suite.
Elu une première fois en 2019, à l'âge de 37 ans, Nayib Bukele avait été reconduit en juin 2024 avec 85% des voix. La Cour suprême du Salvador, dominée par des juges proches du pouvoir, l'avait autorisé à briguer un second mandat, ce qui était en principe interdit par la Constitution.
Abondamment présent sur les réseaux sociaux (7,6 millions d'abonnés sur X), cet homme aux traits fins et à la barbe soigneusement taillée, allié-clé du président américain Donald Trump, fait fi des conventions, délaissant chemise et cravate au profit de jeans, t-shirts et casquettes à l'envers.
Avant de s'adresser à l'Assemblée générale des Nations unies en 2019, Bukele, col de chemise ouvert, avait demandé aux diplomates rassemblés de patienter pendant qu'il prenait un selfie souriant à la tribune.
- Impitoyable -
Goûtant peu la critique, il répond directement à ses détracteurs, usant de l'ironie lorsqu'il lui est reproché de bafouer les droits humains dans sa guerre contre les maras, les bandes criminelles qui terrorisaient le pays.
Son statut sur le réseau social X a évolué de "dictateur du Salvador" à "dictateur le plus cool du monde", puis aujourd'hui à "roi philosophe".
Malgré son goût pour la plaisanterie, Bukele sait se montrer impitoyable.
Lorsque des gangs ont juré de tuer des gens au hasard en réponse à l'état d'urgence proclamé en 2022, il a simplement menacé de priver de nourriture les membres emprisonnés du Barrio 18 et du MS-13.
Bukele est également têtu. Il a parié sur les cryptomonnaies, en faisant du Bitcoin la monnaie officielle du pays à côté du dollar, balayant les avertissements du FMI et de la Banque mondiale sur les risques de volatilité.
Marié à Gabriela Rodriguez, psychologue et danseuse de ballet avec qui il a eu deux filles, Nayib Bukele, d'origine palestinienne, est né à San Salvador le 24 juillet 1981. A l'âge de 18 ans, il abandonne ses études de droit et rejoint l'entreprise de son père spécialisée dans le textile, les produits pharmaceutiques et la publicité.
Il entre en politique en 2012 sous la bannière du parti de gauche FMLN, d'abord comme maire de Nuevo Cuscatlan, dans la banlieue de San Salvador, puis de la capitale elle-même. Exclu du FMLN en 2017, il crée rapidement son propre parti, Nuevas Ideas ("Idées nouvelles") et gagne l'élection présidentielle de 2019 en promettant de lutter contre la corruption et l'impunité sous le slogan: "il y a de l'argent quand personne ne le vole".
Son grand fait d'armes présidentiel est l'état d'urgence imposé depuis mars 2022, qui autorise les arrestations sans mandat pour s'attaquer aux maras, et qui a fait plonger le taux d'homicides de 106 pour 100.000 habitants en 2015 à 1,9 en 2024, un niveau similaire à celui du Canada.
Plus de 87.000 membres réels ou supposés des gangs ont été mis sous les verrous depuis le début de cette campagne musclée. Selon Human Rights Watch (HRW), au moins 108.000 personnes au total sont actuellement incarcérées au Salvador, soit 1,7% de la population de ce petit pays de six millions d'habitants.
Le gouvernement salvadorien affirme que plus de 8.000 innocents ont été libérés, mais les défenseurs des droits humains soutiennent que des milliers d'autres croupissent encore en prison.
Bukele est par ailleurs devenu un allié important de Donald Trump dans sa politique de lutte contre l'immigration illégale. Il a accueilli pendant plusieurs mois dans sa méga-prison pour membres des gangs - le Centre de confinement du terrorisme (Cecot) - 252 Vénézuéliens expulsés de façon expéditive par les Etats-Unis et qui ont ensuite pu retourner dans leur pays.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent des détentions arbitraires et des mauvais traitements dans le Cecot, où peuvent s'entasser 40.000 détenus. A quoi s'ajoute une vague de répression contre les défenseurs des droits humains et les détracteurs du pouvoir, qui a contraint des dizaines de journalistes et d'activistes humanitaires à l'exil.
Ce à quoi M. Bukele avait répondu en juin: "je me fiche d'être taxé de dictateur. Je préfère être traité de dictateur que de voir des Salvadoriens se faire tuer dans les rues".
G.Stevens--AMWN