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Le gouvernement acte la suspension de la réforme des retraites, son financement critiqué
Le gouvernement a acté jeudi la suspension de la réforme des retraites dans le projet de budget de la Sécurité sociale, mais la mise à contribution des complémentaires santé et des retraités, prévue pour la financer, suscite de vives critiques.
Après plusieurs jours de tergiversations sur le véhicule législatif – amendement, projet de loi à part... – l'option de la lettre rectificative au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) a finalement été entérinée lors d'un Conseil des ministres spécial présidé, en visioconférence, par le président Emmanuel Macron depuis Bruxelles.
"Gage de clarté et de transparence, cette inscription dans le texte initial", réclamée par le RN et la gauche, "vise à garantir la tenue d’un débat parlementaire loyal et sincère", a souligné Matignon dans un communiqué alors que l'examen du PLFSS débute lundi au Parlement.
Le projet décale dans le temps l'application de la réforme Borne de 2023. Il suspend jusqu'à janvier 2028 la marche en avant vers les 64 ans, tout comme le relèvement du nombre de trimestres à cotiser pour partir à taux plein.
Cette suspension coûtera 100 millions d'euros en 2026 et 1,4 milliard d'euros en 2027, selon la lettre rectificative dévoilée mercredi par le quotidien économique Les Échos et dont l'AFP a obtenu copie.
Pour financer la mesure, les complémentaires santé et les retraités seront mis à contribution, d'après le document.
La sous-indexation des pensions par rapport à l'inflation, initialement prévue à 0,4 point, sera augmentée de 0,5 point supplémentaire en 2027, ce qui pèsera sur le pouvoir d'achat des retraités.
Le taux de contribution des organismes complémentaires (mutuelles, assurances de santé...) passera de 2,05% à 2,25% en 2026.
- "jeu de dupes" -
Les options retenues font controverse. D'autant que le gouvernement avait indiqué que les pensions de retraite et les prestations sociales seraient gelées en 2026 pour freiner la dérive des dépenses publiques.
"Il n’est pas possible que la désindexation des pensions prévoie quasiment deux années blanches pour les retraités en 2026 et 2027. Les plus modestes ne peuvent supporter une telle mesure", a réagi à l’AFP Yvan Ricordeau, numéro 2 de la CFDT.
"On fait payer une micro-suspension de la réforme aux retraités actuels et futurs", a déploré Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT, Rémi Servot, de l’Association nationale des retraités (ANR), qualifiant le projet de financement d'"assez scandaleux".
A gauche, La France insoumise a dénoncé "un jeu de dupes". "Les retraités partiront trois mois avant mais avec une retraite plus faible", a relevé le président de la commission des Finances, Eric Coquerel.
LFI a rapidement reporté les torts sur les socialistes qui ont décidé de ne pas censurer, dans l'immédiat, le gouvernement de Sébastien Lecornu notamment contre la promesse d'une suspension de la réforme Borne. "Bravo le PS!", a ironisé sur X le coordinateur du mouvement Manuel Bompard.
"Quel est l’objectif derrière ça?", s'est interrogée la présidente du groupe écologiste et social à l'Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain, pour qui le gouvernement veut rendre "ce report finalement insupportable".
Le Rassemblement national, également favorable à la suspension, a lui aussi dénoncé le financement de la mesure.
"Ils tapent toujours sur les mêmes. Et en l'occurrence, évidemment, les retraités sont assez lourdement frappés par ce budget", a dénoncé, depuis l'Assemblée nationale, la présidente des députés RN Marine Le Pen.
"La question, c'est comment le PS va voter ça? Comment les LR vont voter ça?", a-t-elle ajouté, sans préciser si son parti pourrait s'abstenir sur le projet de budget de la Sécurité sociale afin de laisser passer la suspension.
Dans un climat déjà empreint de suspicion, le chef de l’État avait semé le trouble mardi en déclarant depuis la Slovénie que la réforme n'était ni "abrogée" ni "suspendue", au risque de fragiliser son Premier ministre.
L'entourage du président de la République a toutefois démenti depuis tout contentieux entre les deux têtes de l'exécutif, expliquant qu'il avait seulement signifié que la réforme ne pouvait être suspendue "ad vitam" au regard des besoins de financement du système.
bur-bj-vl-sde/jmt/tes
B.Finley--AMWN