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Soudan: l'armée reconnaît sa défaite à el-Facher, l'ONU s'alarme d'"exactions"
Le chef de l'armée soudanaise, le général Abdel Fattah al-Burhane, a reconnu lundi la défaite de ses troupes à el-Facher, où selon l'ONU, des rapports de terrain font état d'exactions depuis que les paramilitaires ont annoncé avoir pris cette ville clé de l'ouest du Soudan.
Après 18 mois de siège, el-Facher était la dernière ville de la vaste région du Darfour encore hors du contrôle des Forces de soutien rapide (FSR), en guerre depuis avril 2023 contre l'armée.
Silencieux depuis la victoire proclamée par ses anciens alliés, le général Burhane a reconnu lundi soir "le retrait de l'armée d'el-Facher vers un lieu plus sûr" en affirmant que son camp "se vengera" et se battra "jusqu'à purifier cette terre", dans un discours télévisé.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme, Volker Türk, a pointé la situation "extrêmement précaire" et "un risque croissant d'"atrocités motivées par des considérations ethniques".
Son bureau a reçu des rapports faisant état "d'exactions, notamment des exécutions sommaires" commis par les FSR, souligne un communiqué.
Une vidéo publiée par des militants locaux et authentifiée par l'AFP montre un combattant connu pour exécuter des civils dans les régions contrôlées par les FSR, abattant d'une rafale à bout portant un groupe de civils désarmés assis sur le sol.
Leur victoire confirmée, les FSR espèrent contrôler l'ensemble du Darfour, où existe déjà une administration parallèle défiant le pouvoir d'al-Burhane basé à Port-Soudan (est). Avec un risque accru de partition du pays, selon les experts.
"Le niveau de souffrance que nous voyons au Soudan est intolérable", a déclaré lundi le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, mettant en garde contre "une terrible escalade du conflit".
Des images diffusées sur la page Facebook du comité de résistance local --des militants pro-démocratie qui documentent le conflit-- montrent des civils en fuite, des corps jonchant le sol près de voitures enflammées. L'AFP n'est pas en mesure de vérifier de source indépendante la situation sur le terrain.
"Les milices et mercenaires sont dans tous les coins de rue pour tuer et voler", écrit le groupe sous une vidéo montrant une femme morte. "Plusieurs membres des cuisines populaires et des bénévoles ont été tués", ajoute-t-il.
- "Black-out" -
Les communications satellite Starlink, seul réseau encore opérationnel mais contrôlé par les FSR, ont été coupées, laissant la ville dans un "black-out médiatique", selon le Syndicat des journalistes soudanais.
Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'est indigné contre l'attaque du seul hôpital encore partiellement opérationnel d'el-Facher. "Selon certaines informations, une infirmière a perdu la vie et trois autres soignants ont été blessés" dimanche, a écrit Tedros Adhanom Ghebreyesus, lundi sur X.
"Nous ne sommes pas en mesure d'acheminer l'aide humanitaire, ni de livrer des produits nutritionnels ou de soutenir les hôpitaux et les cliniques" de la ville, a déploré Denise Brown, coordinatrice humanitaire de l'ONU au Soudan, dans un briefing à New York.
Selon l'ONU, plus d'un million de personnes ont fui la ville depuis le début de la guerre et les quelque 260.000 habitants d'el-Facher, dont la moitié sont des enfants, manquent de tout. Depuis dimanche, plus de 26.000 personnes ont fui les combats, majoritairement en périphérie de la ville, d'autres à Tawila, à 70 kilomètres à l'ouest, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Dans cette localité, les équipes de Médecins sans frontières (MSF) disent faire face à un afflux massif de blessés "arrivant d'el-Facher dans un hôpital déjà submergé". Depuis dimanche soir, 130 ont été hospitalisées, dont 15 en urgence vitale", précise MSF dans un communiqué.
Le syndicat des journalistes a lui exprimé "sa profonde inquiétude pour la sécurité des confrères présents à el-Facher".
Les FSR ont affirmé avoir déployé des équipes à el-Facher pour "protéger les civils", "enlever les mines", "nettoyer la ville de ses débris" et "sécuriser les rues".
Les paramilitaires "ferment délibérément les yeux sur les comportements connus de leurs éléments qui pratiquent des exécutions collectives contre les civils et les prisonniers", a déclaré le collectif des Avocats de l'urgence, dénonçant "un comportement systématique qui s'apparente à des crimes de guerre".
M.A.Colin--AMWN