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Manifestations en Iran: derniers développements
Le président iranien Massoud Pezeshkian a appelé mercredi les forces de sécurité à ne pas s'en prendre aux manifestants, au 11e jour d'un important mouvement de contestation défiant le pouvoir qui a déjà fait au moins 27 morts, selon une ONG. Voici les derniers développements.
- Apaisement d'un côté, menace de l'autre
Le président Massoud Pezeshkian, qui tient des déclarations plutôt modérées depuis le début de la contestation, a ordonné mercredi aux forces de l'ordre de ne prendre "aucune mesure de sécurité à l'encontre des manifestants et des personnes qui participent aux rassemblements", selon des propos rapportés par l'agence de presse Mehr.
Toutefois, "ceux qui portent des armes à feu, des couteaux et des machettes et qui attaquent des commissariats et sites militaires sont des émeutiers, et il faut distinguer les manifestants des émeutiers", selon les propos du président en Conseil des ministres.
Parallèlement, le chef de l'armée iranienne Amir Hatani a haussé le ton contre les Etats-Unis et Israël, après les menaces de Donald Trump d'intervenir militairement en Iran si des manifestants étaient tués, et suite au "soutien" apporté aux protestataires par Benjamin Nentanyahu.
L'Iran considère comme une "menace" ces déclarations et "et ne tolérera pas que cela se poursuive sans répondre", a déclaré Amir Hatani, qui n'est toutefois pas le plus haut gradé militaire du pays.
"Si l'ennemi commet une erreur, nous riposterons avec plus de fermeté" que lors de la guerre des 12 jours en juin contre Israël et les Etats-Unis, a-t-il menacé à son tour.
- Affrontements à Téhéran
Pour la première fois depuis le début de la contestation, des heurts se produits mardi en plein jour au coeur de Téhéran, où des rassemblements sporadiques sans incident majeur s'étaient jusque là principalement tenus en soirée, d'après les médias locaux.
Un hôpital de la ville a été visé accidentellement par du gaz lacrymogène utilisé par les forces de l'ordre pour disperser les manifestants, selon l'Université de sciences médicales de Téhéran cité par l'agence Isna.
Mercredi dans la journée, la situation semblait normale ailleurs dans la capitale iranienne, des habitants faisant comme à l'accoutumée leurs courses dans des magasins de proximité, a constaté l'AFP le long de l'immense avenue Vali-Asr, qui traverse la ville du nord au sud.
- Le Grand bazar sous la lacrymo
Le mouvement, qui a débuté le 28 décembre dans un marché pour téléphone portable, s'est ensuite étendu à une partie du Grand bazar de Téhéran, poumon économique du pays, quand des commerçants ont fermé boutique pour protester contre l'hyperinflation et le marasme économique.
Une nouvelle grève y a été décrétée mardi, des manifestants se réunissant pour scander "Liberté ! Liberté" !", avant d'être dispersés sous le gaz lacrymogène par les forces de sécurité.
La station de métro du Grand bazar n'est plus desservie jusqu'à nouvel ordre, rapporte mercredi l'agence de presse Tasnim.
- L'ouest du pays particulièrement touché
Le mouvement touche ou a touché au moins 45 villes, essentiellement petites et moyennes, surtout dans l'ouest du pays, selon un décompte de l'AFP basé sur les annonces officielles et des médias.
A plusieurs centaines de kilomètres de Téhéran, des affrontements localement meurtriers ont été rapportés ces derniers jours. C'est le cas notamment à Malekshahi, un comté d'environ 20.000 habitants où vit une importante population kurde.
- Au moins 27 morts, de nombreuses arrestations
Depuis le début du mouvement, au moins 27 protestataires ont "été tués par des tirs ou d'autres formes de violence perpétrées par les forces de sécurité dans huit provinces", a écrit mardi Iran Human Rights (IHR).
Selon l'ONG basée en Norvège, plus de 1.000 personnes ont été arrêtées.
Les médias iraniens relayant des annonces officielles font eux état de 13 morts, dont des membres des forces de sécurité, depuis le début de la contestation.
- Un défi à Khamenei
Initialement lié au coût de la vie, le mouvement est le plus important depuis celui déclenché fin 2022 par la mort en détention de Mahsa Amini, arrêtée pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin.
Sans être comparable à ce stade à la mobilisation "Femme, Vie, Liberté" de 2022-2023, il pose un important défi au guide Ali Khamenei, 86 ans et au pouvoir depuis 1989, au moment où le pays est affaibli après la guerre avec Israël en juin et le rétablissement des sanctions de l'ONU liées au programme nucléaire iranien.
H.E.Young--AMWN