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Libération de prisonniers par Caracas, sous pression de Washington depuis l'enlèvement de Maduro
Le Venezuela a annoncé jeudi la libération de "nombreux prisonniers", dont des étrangers, sous pression de Washington depuis l'enlèvement le 3 janvier par des troupes américaines de Nicolas Maduro.
Cette annonce intervient quelques jours après le début du mandat de la présidente par intérim, Delcy Rodriguez.
Il s'agit de la première vague de libération depuis l'enlèvement à Caracas du président déchu, que Washington entend traduire en justice aux Etats-Unis pour, notamment, narco-terrorisme.
Ces libérations sont "un geste unilatéral du gouvernement" afin "de favoriser la coexistence pacifique", a déclaré Jorge Rodriguez, le président du Parlement.
Il n'a précisé ni l'identité, ni le nombre, ni la nationalité des détenus relâchés.
En septembre, un groupe d'experts de l'ONU avertissait d'un durcissement de la persécution pour motifs politiques ces derniers mois au Venezuela. Et jeudi, un expert de l'ONU, Bernard Duhaime, soulignait dans un communiqué qu'"en cette période d'immense incertitude, protéger les droits, traiter les abus passés et garantir l'avenir est la seule voie vers une paix et une dignité durables".
L'ONG Foro penal qui estimait avant jeudi à 806 le nombre de prisonniers politiques au Venezuela, dont 175 militaires, s'est félicitée de la "bonne nouvelle".
Au même moment Donald Trump a déclaré, dans un entretien publié jeudi par le New York Times, que les Etats-Unis pourraient conserver plusieurs années le contrôle du Venezuela et de son pétrole.
Jeudi, trois navires affrétés par Chevron transportaient du pétrole du Venezuela vers les États-Unis, selon une analyse de l'AFP de données de suivi maritime, alors que les pressions de Washington sur Caracas font craindre une saturation des capacités de stockage du pays.
La société publique Petroleos de Venezuela (PDVSA) "mène actuellement des négociations avec les Etats-Unis en vue de la vente de volumes de pétrole, dans le cadre des relations commerciales qui existent entre les deux pays", a indiqué un communiqué de la société jeudi.
- "Intérêts" américains -
Alors que Delcy Rodriguez dénonçait la veille une "tache" sans précédent dans les relations avec Washington, Donald Trump, qui recevra vendredi les dirigeants de grands groupes pétroliers américains pour leur vanter les "immenses" opportunités au Venezuela, se félicite de la "très bonne entente" avec le pouvoir intérimaire à Caracas. "Ils nous donnent tout ce que nous jugeons nécessaire", a dit M. Trump.
De son côté, le vice-président JD Vance a confirmé la vision de Wahsington avec la plus grande clarté, en déclarant mercredi soir sur Fox News: "La manière dont nous contrôlons le Venezuela, c'est en contrôlant les cordons de la bourse, en contrôlant les ressources énergétiques, et nous disons au régime, vous pouvez vendre le pétrole à condition que vous serviez les intérêts de sécurité nationale américains."
"Seul l'avenir nous dira" combien de temps Washington entend garder une tutelle sur Caracas, a déclaré Trump au grand quotidien new-yorkais. Interrogé pour savoir si la situation durerait trois mois, six mois, un an ou plus, il a répondu : "Je dirais beaucoup plus longtemps".
A Caracas les habitants témoignent de leur incertitude, parfois teintée d'optimisme, face à cette tutelle américaine, alors que Reporters Sans Frontières exhorte "les autorités à permettre l'entrée de journalistes étrangers dans le pays et à cesser de restreindre le travail des médias locaux".
"J'ai l'impression que nous aurons plus d'opportunités si le pétrole est aux mains des Etats-Unis plutôt que du gouvernement", confie à Caracas un Vénézuélien de 26 ans, qui n'a pas souhaité livrer son identité pour des raisons de sécurité.
Une femme de 52 ans, employée dans le secteur des services et qui a elle aussi requis l'anonymat, fait surtout part de son incertitude.
"En réalité nous ne savons pas si (cet accord sur le pétrole entre Washington et Caracas) est bon ou mauvais", déclare-t-elle. "Ce que je veux, c'est m'en sortir avec ma famille et vivre normalement, autant que possible."
- 100 morts -
Delcy Rodriguez, a déclaré mercredi soir que l'échange commercial avec les Etats-Unis n'avait "rien d'extraordinaire ni d'irrégulier".
Elle a toutefois de nouveau regretté la capture de Nicolas Maduro, au cours d'une opération des forces spéciales américaines à Caracas qui a fait 100 morts, selon le dernier bilan livré par le ministre vénézuélien de l'Intérieur Diosdado Cabello.
Des sénateurs républicains se sont joints jeudi à leurs collègues démocrates pour faire avancer une résolution visant à limiter les pouvoirs militaires de Donald Trump contre le Venezuela. Un camouflet pour le président américain, qui s'est emporté, sur son réseau Truth Social, contre la "stupidité" de cinq sénateurs républicains qui "ne devraient plus jamais être élus".
Le texte doit désormais être soumis au vote au Sénat la semaine prochaine.
Donald Trump avait évalué à "entre 30 et 50 millions de barils de pétrole" la quantité de brut que va livrer le Venezuela eaux Etats-Unis, et entend contrôler directement les recettes qui résulteront de la vente.
Caracas dispose des plus grandes réserves prouvées du monde avec plus de 303 milliards de barils, selon l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Mais sa production reste faible, de l'ordre d'un million de barils par jour, après des décennies de sous-investissement dans les infrastructures.
P.Santos--AMWN