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Au Venezuela, des colectivos prêts à se battre après l'attaque américaine et les "trahisons"
De l'avis de membres des colectivos, des groupes paramilitaires vénézuéliens qui contrôlent les rues, l'opération américaine qui a permis de débusquer Nicolas Maduro a pris le pays au dépourvu et laissé une multitude de questions sans réponse.
Mais une chose est sûre selon eux: il y a eu "beaucoup de trahisons", et la capture du président socialiste les ont laissés "frustrés, en colère et prêts à se battre", assure à l'AFP un membre du collectif Boina Roja, qui se présente comme Willians.
"On ne sait toujours pas vraiment ce qui s'est passé", dit-il, dubitatif sur les failles du système censé protéger Maduro, en particulier le système de défense anti-aérienne.
Des hélicoptères américains ont pénétré jusqu'au coeur de Caracas pour déloger Maduro, appuyés par des frappes sur les défenses aériennes vénézuéliennes pour permettre aux appareils d'atteindre leur cible.
L'attaque a fait au moins 100 morts.
Elle a semé la peur dit aussi Jorge Suarez, membre d'un autre groupe. "Nous ne sommes pas habitués, c'était comme dans un film".
- "Pas votre père" -
Dans un Venezuela à la forte insécurité, les colectivos, dont la version récente est un héritage de Hugo Chavez - le président de 1999 à 2013, dont Maduro est le successeur désigné, jouent à la fois un rôle de défense armée du gouvernement et d'organisation sociale.
Leurs opposants les considèrent comme une milice armée pro-pouvoir, para-policiers. Ils circulent en ville armés, parfois cagoulés.
Une semaine après la chute de Maduro, les colectivos ont fait bloc derrière Delcy Rodriguez, la vice-présidente à qui la Cour suprême a ordonné le 3 janvier d'assumer les fonctions de cheffe de l'Etat pendant 90 jours renouvelables, et à qui l'armée a apporté son soutien le lendemain.
Pour l'heure, les colectivos observent de près la situation, et Willians dit résister aux intox, tels que "Trump va bombarder à nouveau" ou "Delcy Rodriguez est avec les Etats-Unis".
"Je ne crois pas que quiconque trahisse son père", commente pour sa part Alfredo Canchica, commandant de la Fundacion 3 Raices. "Vous pouvez trahir le peuple, mais pas votre père", dit-il.
Redoutés par les opposants au gouvernement, les colectivos sont bien accueillis dans leurs quartiers, reconnus pour leur action préventive contre la criminalité, où les autorités distribuent des colis alimentaires subventionnés.
Mais par endroits, ces mêmes colectivos sont accusés de se comporter tels des "gangs criminels" pratiquant l"'extorsion", selon l'ONG InSight Crime qui travaille sur le crime organisé en Amérique latine.
Au stade de baseball "Chato" Candela, dans le quartier populaire du "23 de Enero", Canchica rejette ces accusations.
"Le 28 juillet, nous avons empêché que les collines se soulèvent", assure-t-il en référence à la présidentielle de 2024 qui a poussé des milliers d'opposants dans la rue pour contester la réélection de Maduro pour un troisième mandat et qui ont fait 28 morts.
Ils assurent œuvrer pour le bien-être de la collectivité en menant des activités sportives, culturelles, éducatives, ou en offrant des services de proximité notamment pour les plus âgés. Mais ils revendiquent sans détours être là avant tout pour la "sécurité".
Mais ils ne cachent ni leurs armes, ni leur disposition à les utiliser. Lorsque les explosions les ont surpris à deux heures du matin le 3 janvier, "nous avons pris les rues, en attendant les instructions de nos dirigeants", décrit Jorge Suarez.
Dans son bureau, avec en arrière-plan des images du héros indépendantiste Simon Bolívar, de Chavez et de Maduro, des livres, des balles et une bombe à effet sonore posée sur la table. Lui peste contre l'opération américaine qui le "met en colère".
"Malgré tout le soutien que le commandant (Vladimir) Poutine, la Chine et la Corée du Nord nous ont apporté sur le plan militaire, comment pouvons-nous réagir en temps réel alors qu'ils disposent d'une technologie plus avancée que la nôtre ?", s'interroge-t-il.
A.Jones--AMWN