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Iran: le guide suprême veut "briser le dos des séditieux" qu'il accuse d'avoir tué des "milliers" de personnes
Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a estimé samedi que les autorités devaient "briser le dos des séditieux", qu'il a accusés d'avoir tué des "milliers de personnes" dans la vague de contestation brutalement réprimée dans le pays.
La vague de protestation a pour l'instant été étouffée par une répression qui a fait des milliers de morts parmi les manifestants, avaient estimé vendredi des experts et des ONG.
Les autorités, qui affirment que le calme règne désormais, ont décidé de rouvrir dimanche, jour ouvrable dans le pays, les écoles de Téhéran et d'autres villes, fermées depuis le 10 janvier, a indiqué l'agence de presse iranienne Isna.
Le mouvement a été déclenché le 28 décembre à Téhéran par des commerçants contre le coût de la vie avant de prendre une ampleur majeure le 8 janvier, défiant ouvertement la République islamique en place depuis 1979.
Le pouvoir a alors imposé une coupure d'Internet --toujours en vigueur-- d'une durée sans précédent, pour cacher la "brutalité" de la répression, selon des groupes de défense des droits humains.
Les médias proches du pouvoir font état de milliers d'arrestations, la justice promettant un châtiment rapide pour les personnes impliquées dans des violences.
"La nation iranienne doit briser le dos des séditieux, tout comme elle a brisé le dos de la sédition", a déclaré l'ayatollah Khamenei lors d'une cérémonie religieuse retransmise par la télévision nationale.
"Ils ont assassiné plusieurs milliers de personnes (...) certaines d'entre elles avec la plus grande inhumanité, avec une pure sauvagerie", a-t-il ajouté.
Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, n'avait jusque-là fait état que de "centaines de morts", les autorités recensant des dizaines de membres des forces de sécurité tués.
- "Nous ne les épargnerons pas" -
"Nous n'avons pas l'intention de mener le pays à la guerre, mais nous n'épargnerons pas les criminels nationaux", pas plus que "les criminels internationaux", a encore martelé Ali Khamenei, imputant à Donald Trump la responsabilité des violences et dénonçant un "complot américain".
Le président américain avait multiplié les menaces d'intervention militaire face à la répression, avant d'affirmer mercredi avoir été informé "par des sources très importantes" que "les tueries (avaient) pris fin".
"Il est temps de chercher un nouveau dirigeant en Iran", a rétorqué M. Trump auprès du site Politico. "Cet homme est un homme malade qui devrait diriger son pays correctement et cesser de tuer des gens".
Il avait remercié vendredi le gouvernement iranien d'avoir annulé, selon lui, "toutes les pendaisons prévues" de contestataires.
Donald Trump "dit toujours n'importe quoi", a réagi sur la télévision d'Etat le procureur de Téhéran, Ali Salehi, faisant état d'une réponse gouvernementale "ferme, dissuasive et rapide".
Les autorités ont annoncé samedi avoir identifié 35 membres de la minorité bahaïe --dont 12 ont été arrêtés-- actifs selon elles "dans les émeutes". Cette minorité religieuse non musulmane, la plus grande d'Iran, est régulièrement prise pour cible par la République islamique, qui l'accuse d'"espionnage" lié à Israël.
Reza Pahlavi, fils de l'ancien chah d'Iran qui vit aux Etats-Unis, a appelé vendredi les Iraniens à manifester à nouveau ce week-end dans la soirée.
- Inquiétudes sur le bilan humain -
L'inquiétude grandit sur l'ampleur de la répression, la vérification des chiffres restant entravée par les restrictions drastiques des communications.
"La connectivité Internet reste au point mort en Iran malgré une brève amélioration temporaire plus tôt dans la journée", a indiqué dans la soirée l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.
Des Iraniens ont rapporté samedi avoir pu envoyer de nouveau des SMS dans et hors du pays, mais sans pouvoir en recevoir de l'étranger.
L'organisation Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, dit avoir reçu "des témoignages directs horrifiants" faisant état de "manifestants abattus alors qu'ils tentaient de fuir, de l'utilisation d'armes de guerre et de l'exécution en pleine rue de manifestants blessés".
"Toutes les dix minutes, on entendait une série de coups de feu", raconte à l'AFP Kaveh (prénom modifié) désormais au Royaume-Uni, relatant une manifestation à laquelle il a participé le 9 janvier à Téhéran.
Mais "les gens ne se dispersaient pas", alors que d'habitude ils le font "après des coups de feu".
Dans le pays, "tout le monde connaît au moins une personne qui a été tuée", dit Saleh Alavizadeh, acteur et réalisateur iranien actuellement en France, confiant en connaître personnellement deux.
Selon l'IHR, 3.428 manifestants ont été tués par les forces de sécurité, mais l'ONG souligne que le bilan pourrait être bien plus lourd.
D'autres estimations font état de plus de 5.000 morts, voire jusqu'à 20.000, selon l'IHR.
La chaîne d'opposition Iran International, basée à l'étranger, a annoncé qu'au moins 12.000 personnes avaient été tuées, citant hauts responsables gouvernementaux et sources sécuritaires.
En France, plusieurs milliers de personnes, dont de nombreux membres de la diaspora, ont manifesté samedi en soutien aux Iraniens. "Ni chah, ni mollahs, l'Iran vivra", a scandé la foule à Paris, sous des drapeaux iraniens et des portraits de jeunes gens tués.
A.Malone--AMWN