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Elections en Birmanie: une circonscription divisée par la guerre
Dans la circonscription de Pekon en Birmanie, seule une partie des électeurs s'est rendue aux urnes dimanche pour les législatives: les autres vivent dans des zones sous contrôle des forces rebelles opposées à la junte au pouvoir.
Le cas de Pekon, dans l'État oriental du Shan, montre les limites de l'autorité de la junte qui a mis fin en 2021 par un coup d'État aux seules dix années de réformes démocratiques et d'espoir qu'a connus la Birmanie, dirigée par l'armée depuis son indépendance en 1948.
Située à environ 90 km de la frontière avec la Thaïlande, elle est coupée en deux par la guerre civile.
Du haut d'un relief dans une vallée montagneuse, des combattants rebelles de l'Armée nationale Kayan surveillent un camp où vivent des centaines de déplacés, dans des structures de bambou ayant pour toit et murs des toiles de plastique.
Dans la fraîcheur matinale, les déplacés - une poignée des millions de victimes de la crise humanitaire dans le pays - sont accroupis autour des feux servant à cuisiner.
"En pleine élection, (les militaires) continuent de bombarder les gens depuis des avions", affirme Simonet, 40 ans, vêtu d'une simple veste noire peu épaisse, tout en expirant un air condensé au contact du froid.
"Si vous me demandez si l'élection apportera la paix, je ne pense pas", dit-il.
Étalées sur un mois, ces législatives se sont déroulées en trois phases, dont l'ultime s'est tenue dimanche jusqu'à la fermeture des bureaux de vote vers 16H00 (09H30 GMT). La junte les a présentées comme une opportunité de réconciliation tout en lançant plusieurs offensives dans l'espoir de reconquérir du terrain.
La télévision d'État a montré des bureaux de vote ouvrant dans les zones de la circonscription tenues par la junte. Le camp où vit Simonet était dans la liste des endroits censés voter dimanche.
- "on ne leur fait pas confiance" -
Mais le territoire où il se trouve reste sous le contrôle des forces opposées à la junte, un agglomérat de centaines de factions diverses gérant des administrations parallèles dans diverses enclaves.
"Je ne pense pas que quoi que ce soit sera différent avec le nouveau gouvernement" issu des législatives, estime Simonet qui ne possède qu'un seul nom.
"Puisqu'il ne font aucune confiance aux citoyens, nous ne leur faisons pas confiance".
L'étendu du territoire qui se trouve hors du contrôle de la junte reste floue, les estimations variant énormément, mais le pouvoir militaire a annulé le scrutin dans environ une circonscription sur cinq.
Dans les zones contrôlées par le pouvoir, le Parti pour l'Union, la Solidarité et le Développement (PUSD), considéré par les experts comme le relais civil de la junte, est assuré de l'emporter de façon écrasante.
"La junte a organisé ces élections expressément pour permettre un raz-de-marée de son relais politique", a estimé vendredi Tom Andrews, rapporteur spécial sur la situation des droits de l'Homme en Birmanie.
Pour William, 20 ans, autre habitant du camp de Pekon, "il est impossible que le scrutin soit libre et équitable".
"Je pense que (les militaires) l'organisent simplement pour renforcer leur pouvoir", dit-il, "personne d'autre ne veut se présenter et les gens n'ont aucune envie d'aller voter".
Il constate: "Ce n'est pas le gouvernement que nous avons choisi".
B.Finley--AMWN