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Népal: quatre mois après les émeutes, la population au chevet de sa police
En septembre, le commissariat avait été incendié par les manifestants qui ont fait tomber le gouvernement. Quatre mois plus tard, les habitants du secteur de Janasewa, dans la capitale népalaise Katmandou, se sont cotisés pour remplacer le véhicule détruit de "leurs" policiers.
Dûment sérigraphié et hérissé de ses gyrophares réglementaires, le fourgon bleu nuit flambant neuf trône devant la façade encore noircie par les flammes du bâtiment, symbole du retour en grâce des forces de l'ordre auprès des populations inquiètes de leur sécurité.
"Quand il se passe quelque chose, on appelle la police à l'aide", résume un des habitants du quartier, Ganapati Lal Shrestha, à l'origine de l'initiative. "Mais à qui s'adresse-t-on quand la police elle-même est en danger ?"
Les forces de l'ordre népalaises ont suscité l'indignation des Népalais en ouvrant le feu, le 8 septembre, sur les jeunes manifestants mobilisés dans le pays pour dénoncer la corruption des élites et exiger des emplois.
Ce jour-là, elles ont tué une vingtaine d'entre eux et blessé des centaines d'autres, pour l'essentiel à Katmandou.
Dès le lendemain, la foule a déversé sa colère dans la rue en prenant pour cible tous les symboles du pouvoir. Dans la capitale, le parlement, les ministères ou les tribunaux ont été saccagés ou incendiés. Le Premier ministre maoïste KP Sharma Oli n'a eu d'autre choix que de démissionner.
Les policiers n'ont pas été épargnés par la colère populaire.
"Nous sommes devenus des cibles, d'abord parce que nous incarnions l'Etat sur le terrain", estime un de leurs porte-parole, Gopal Chandra Bhattarai.
Selon le bilan officiel, trois agents ont été tués et de nombreux autres blessés. Certains ont échappé de justesse aux lynchages. Au moins 465 commissariats ou bureaux de police ont été attaqués - une centaine entièrement détruits - ou pillés, certains vidés de leurs armes.
"Les pertes ont été considérables", résume M. Bhattarai.
Les deux étages du commissariat de Janasewa ont brûlé, tout comme ses six véhicules et plusieurs motos.
- "Soutien populaire" -
Son chef, Krishna Kumar Chand, se souvient de l'effroi qui a saisi ses hommes, incapables de réagir. "Si nous avions eu recours à la force, il y aurait eu des morts", décrit-il.
Mais dès que l'armée a repris le contrôle des rues de Katmandou, au soir du 9 septembre, des habitants sont venus proposer leur aide aux policiers, notamment en participant à la remise en état des commissariats.
"Les gens sont venus avec tout ce qu'ils avaient pour reconstruire ou réparer les bâtiments", confirme le grand patron de la police de la capitale, Ramesh Thapa. "La population ordinaire nous a soutenus sans hésiter".
A Janasewa, la solidarité a pris la forme d'une collecte pour remplacer au plus vite un des véhicules détruits, celui utilisé pour les interventions d'urgence.
"Nous avons jugé qu'il fallait aider les policiers à se remettre", explique son organisateur Ganapati Lal Shrestha. "Si la population ne les aide pas à retrouver leur motivation, notre société ne sera pas sûre".
Généreux, les habitants ont donné près de 10 millions de roupies népalaises - près de 60.000 euros - qui ont permis l'acquisition d'une fourgonnette de fabrication japonaise entièrement équipée.
Selon le chef Bhattarai, son commissariat est désormais à nouveau entièrement opérationnel, bien qu'il n'ait reçu aucun budget de la part du gouvernement provisoire qui a pris les rênes du pays depuis la révolte de la Génération Z.
"Nous sommes prêts à assurer la paix et la sécurité pour les élections législatives" prévues le 5 mars, certifie-t-il.
Pour y parvenir, la police veut notamment étoffer ses effectifs avec 150.000 agents intérimaires.
Dans son commissariat, affirme le chef Chand, le moral des troupes est au plus haut. "On ne peut pas se détourner de nos responsabilités parce que nous avons été affectés", proclame-t-il, "notre mission consiste à assurer l'ordre, nous sommes là pour ça".
A.Jones--AMWN