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Le Parlement européen en passe d'autoriser une nouvelle génération d'OGM
Le Parlement européen s'apprête à autoriser mercredi des nouvelles techniques génomiques (NGT) dans l'agriculture, qui peuvent rendre des plantations plus résistantes à la sécheresse ou aux maladies mais qui inquiètent des défenseurs de l'environnement et de petits exploitants.
Le vote sur cette nouvelle génération d'OGM aura lieu à la mi-journée à Strasbourg, avec un ultime bras de fer sur la question des brevets.
Variétés moins gourmandes en eau ou en pesticides, blé pauvre en gluten... Ces NGT permettent de modifier le génome d'une plante mais sans introduire d'ADN étranger, contrairement aux OGM de première génération.
Les semences obtenues par NGT sont donc bien des organismes génétiquement modifiés mais ne sont pas "transgéniques".
Le débat sur ces biotechnologies est tendu en Europe, et divise le monde agricole.
Cette technique "d'édition" génomique était jusqu'ici classée dans la catégorie des OGM, tous interdits à la culture dans l'UE, à l'exception du maïs Monsanto 810, cultivé sur de petites surfaces en Espagne et au Portugal.
Au Parlement, la rapporteure de la loi, l'eurodéputée suédoise Jessica Polfjärd (PPE, droite), vante une technologie qui "permettra de cultiver des plantes résistantes au changement climatique et d'obtenir des rendements plus élevés sur des surfaces plus réduites".
Le texte est soutenu par des exploitants aux Antilles, pour lutter contre un champignon qui ravage les bananeraies: la cercosporiose noire.
Plus largement, l'autorisation des NGT est réclamée par la puissante organisation agricole Copa-Cogeca, comme par les grands semenciers, au nom de la compétitivité européenne face aux Etats-Unis et à la Chine, qui y ont déjà recours.
Mais des agriculteurs bio s'y opposent, ainsi que des représentants de petites exploitations.
- Pas d'étiquetage dans les étals -
Devant le Parlement européen, la Confédération paysanne, troisième syndicat français, a organisé mardi un rassemblement d'une soixantaine d'agriculteurs contre la loi.
Thomas Gibert, maraîcher en Haute-Vienne (centre) et porte-parole de la Confédération paysanne, voit dans les NGT un "risque majeur" de "privatisation" du vivant et "d'homogénéisation des cultures", soutenus par le "lobby ultra puissant de l'agro-industrie".
Son syndicat appelle les eurodéputés à rejeter le texte ou à adopter a minima des mesures sur la traçabilité des semences et contre la concentration des brevets chez les plus grands semenciers.
Le socialiste français Christophe Clergeau va tenter de modifier la loi sur ce volet mercredi. "A travers les brevets, il y a un risque de concentration du marché entre quelques grands groupes internationaux et que dans les années qui viennent, ce soit tout le tissu des petits producteurs européens de semences qui disparaisse progressivement", estime-t-il.
Hormis sur les brevets, il n'y a guère de suspense quant à l'issue du vote. Les NGT sont largement soutenues dans l'hémicycle, de la droite au centre, qui estime avoir obtenu des garanties sur les techniques autorisées.
Le compromis scellé avec les Etats membres assouplit les règles actuelles pour une partie des NGT, dites de catégorie 1 qui, sous réserve d'un nombre limité de mutations, seront considérées comme équivalentes aux variétés conventionnelles.
Les NGT résistantes aux herbicides ou produisant des insecticides ne seront pas autorisées sur le marché, au nom de la durabilité. Et dans l'agriculture biologique, aucune NGT ne sera autorisée.
L'autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) s'était montrée favorable à l'approche de Bruxelles visant à autoriser une partie des NGT.
Plus prudente, l'agence sanitaire française, l'Anses, avait quant à elle préconisé dans un avis de 2024 une évaluation "au cas par cas" des "risques sanitaires et environnementaux" avant toute mise sur le marché.
Entre la phase de test des nouvelles variétés et leur commercialisation, il faudra plusieurs années avant que des aliments produits avec des NGT arrivent dans les assiettes des Européens.
Mais des organisations environnementales comme Pollinis s'alarment de l'absence d'étiquetage sur les produits finaux, le moment venu.
Car selon le texte, la présence de NGT de catégorie 1 devra figurer sur les sacs de semences achetés par les agriculteurs, mais pas dans l'étiquetage sur les étals.
Y.Nakamura--AMWN