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Avant les élections, Trump ressort la peur du grand méchant Rouge
La campagne pour les élections de mi-mandat prend son essor aux Etats-Unis et Donald Trump a décidé de ressortir une stratégie déjà éprouvée en 2024: agiter le chiffon rouge du communisme pour dépeindre ses opposants en extrémistes à battre absolument.
"Il y a désormais une résurgence de la menace communiste sur notre territoire", a lancé le président républicain lors d'un discours vendredi devant le mont Rushmore.
Dans la veine de sa rhétorique anti-immigration, le milliardaire a affirmé que le danger venait notamment "des nouveaux arrivants dans notre pays qui épousent des idées complètement opposées à notre mode de vie et à notre grand succès".
Quelques jours avant, il avait déjà mis en garde contre le regain supposé du communisme aux Etats-Unis, qualifié de "cancer" et de "menace la plus sérieuse" contre le pays depuis sa fondation il y a 250 ans.
Le président octogénaire faisait notamment référence à des résultats électoraux récents, où plusieurs candidats issus de l'aile gauche du Parti démocrate ont remporté l'investiture pour les élections législatives de novembre.
Nombre d'entre eux étaient soutenus par Zohran Mamdani, nouveau maire de New York et membre du Parti démocrate-socialiste.
S'ils se revendiquent à gauche sur l'échiquier politique américain, ces candidats et élus ne se proclament pour autant ni marxistes ni communistes.
Mais pour Donald Trump, marquer ces opposants au fer rouge relève d'une ancienne recette politique aux Etats-Unis, connue sous le nom de "red baiting".
- "Peur rouge" -
Cette stratégie consiste à mettre en avant "les liens supposés entre les progressistes et les groupes de gauche avec le communisme, entretenant la confusion entre les deux et accusant la gauche de participer en réalité à une conspiration communiste mondiale", souligne l'historien Julian Zelizer auprès de l'AFP.
"Une vieille tradition qui remonte à la Première guerre mondiale et à la première Peur rouge", explique ce professeur à l'université de Princeton, quand dans l'après-conflit le gouvernement américain fait la chasse aux sympathisants communistes et anarchistes sur fond de révolution bolchévique en Russie.
Une seconde "Peur rouge" a lieu peu après la Seconde guerre mondiale, au moment où s'installe la Guerre froide, et atteint son apogée avec le maccarthisme, du nom de Joseph McCarthy. Ce sénateur conservateur, fervent anticommuniste, met alors en garde contre l'infiltration supposée de communistes dans toutes les strates de la société américaine et crée ainsi un climat de paranoïa généralisée.
Donald Trump, qui a grandi dans ce contexte-là, a depuis repris cette rhétorique à son compte.
Déjà en 2024, il affublait Kamala Harris, son adversaire à la présidentielle, du sobriquet de "camarade Kamala" et affirmait sans fondement: "tout le monde sait qu'elle est marxiste".
Rebelote donc en 2026.
- Fractures -
"Clairement, ce que Trump tente de faire, c'est d'exploiter le fait qu'il existe de réelles fractures internes au sein du Parti démocrate", estime Thomas Zeitzoff, politologue à l'American University.
Des fractures --dans lesquelles les républicains veulent s'engouffrer-- entre d'un côté l'establishment du parti, de tendance modérée, et de l'autre une aile plus progressiste.
De quoi provoquer une certaine inquiétude chez les grands pontes démocrates, qui craignent qu'être "caractérisés comme extrémistes ne les aident pas" dans cette campagne, juge Thomas Zeitzoff.
Car selon Julian Zelizer, avec cette rhétorique, Donald Trump cible "le grand public américain", qui globalement a en horreur le communisme, davantage que sa base "MAGA".
L'impact électoral de la stratégie du républicain demeure cependant "incertain", selon l'historien.
Pour Thomas Zeitzoff, tenter d'utiliser le communisme comme épouvantail pose problème quand "la Guerre froide est terminée depuis 33 ans". Et sans Union soviétique en face, il est plus difficile de mobiliser les électeurs américains contre cette "menace", estime ce spécialiste de la violence en politique.
Pour l'éditorialiste de gauche Thom Hartmann, "Trump est allé chercher Karl Marx au mont Rushmore, parce qu'il n'a rien à proposer à quelqu'un de 28 ans qui n'arrive pas à payer son loyer".
"Et les milliardaires qui financent son parti préfèrent parler de Marx plutôt que de qui, en réalité, a volé l'avenir de ce jeune", dit à l'AFP ce commentateur radio.
G.Stevens--AMWN