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Dress code? Kaki: l'Ukraine, une nation en guerre vestimentaire
Volodymyr Zelensky "influenceur national", est le premier à avoir donné le ton: kaki. En huit mois de guerre, l'Ukraine a largement adopté, juqu'aux civils, le code vestimentaire du président, transformant l'habillement en une arme de communication.
Depuis le premier jour de la guerre, le président Ukrainien a troqué ses costumes, non pas pour l'uniforme militaire ukrainien que la loi martiale l'autorise pourtant à porter en tant que chef des armées, mais pour une version civile de la tenue de guerre.
"Un message de simplicité, qui dit +mon pays se bat et je porte la même chose que les gens qui descendent dans les abris, simple et pratique+", analyse pour l'AFP Tania Soloveï, chercheuse en histoire de la mode en Ukraine et ancienne journaliste chez Vogue Ukraine. Des baskets à plusieurs centaines d'euros néanmoins.
Depuis le premier jour de la guerre et la mobilisation générale imposée aux hommes de 18 à 60 ans au 25 février, dans les villes d'Ukraine le vert militaire est désormais adopté en masse par les civils.
"Beaucoup de personnes se sont mises à porter des vêtements kakis, associée à l'armée ce qui nous permet de ne pas oublier ce qui se passe et d'aider à notre façon", explique à Kiev Denys, 30 ans, agent immobilier dans sa parka de designer kakie.
Pour les femmes aussi, la tendance va du petit accessoire, voir de la manucure au "total look".
Dans le centre de Kiev, Svitlana, 62 ans, est sortie par ce matin brumeux en jogging et sweat kaki, couleur choisie car "la période le veut".
"Mais pas tous les jours parce que cela devient répétitif", plaisante la retraitée, qui a assorti à son look une doudoune sans manches de couleur rose bonbon.
- Interdit aux civils -
"Le kaki a toujours été une couleur populaire en Ukraine, dans les habits de loisirs ou d'extérieur. Mais maintenant plus qu'un style, c'est l'identité visuelle de tout une nation en guerre", décrypte la journaliste mode Tania Soloveï.
Devant la poste centrale, Natalia est en kaki de la tête aux pieds, de la casquette à l'élégante veste matelassée en passant par son pantalon ajusté. Un look adopté depuis le début de la guerre, en hommage à son mari mobilisé au front.
"C'est la couleur du camouflage, la seule qui m'apporte un sentiment de protection", philosophe la comptable de 42 ans.
Dans cette nation en guerre, la plupart des supermarchés ukrainiens proposent désormais des vêtements militaires, destinés en premier aux soldats, conscrits et mobilisés.
Selon la loi martiale ukrainienne, il est strictement interdit aux civils de porter non seulement des uniformes militaires, mais également tout autre uniforme ou vêtement ressemblant à un militaire et pouvant prêter à confusion.
L'infraction est passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 3.400 hryvnias (92 dollars).
"J'aime cette couleur, et j'en ai plein aussi avec l'imprimé camouflage mais j'évite de les porter pour ne pas porter à confusion et pour ne pas gêner nos soldats", s'est résolue Anastasia Grebinitchenko, lycéenne de 15 ans de Kiev, qui a opté cet hiver pour du noir.
- Broderies et "Vyshyvanka" -
A Kiev, la ligne de vêtements "Aviatsiya Halychyny", qui reverse une partie de ses bénéfices à des brigades de l'armée, fait le plein avec ces tee-shirts en hommage aux héros de Marioupol ou aux messages antirusses.
"Les habits sont le vecteur le plus simple pour exprimer une opinion", estime Natalia Koulyk, responsable d'enseigne.
"C'est un soutien direct à notre armée et une expression de patriotisme", résume la responsable d'un magasin, elle même en polaire à poches et chevron d'inspiration militaire.
En Ukraine, le vêtement est devenu un symbole politique en 2004 avec les rubans et foulards orange, moment de la "Révolution" de la même couleur contre l'oligarque soutenu par le Kremlin Viktor Ianoukovitch.
Puis avec le mouvement Euromaïdan en 2014 et le début de la guerre contre la Russie la même année, la mode ukrainienne migre de manière décomplexée vers l'habillement "patriotique", le "trident", emblème national devenant un motif incontournable des flocages.
L'une des tendances nette est le retour d'un symbole de l'identité nationale traditionnelle, les "Vyshyvankas", chemises traditionnelles, portées normalement lors de fêtes.
"Tant que la Russie répètera qu'il n'existe pas de nation, langue et identité ukrainienne, nous défendrons notre culture et notre patrimoine, ça fait partie de cette bataille", conclut la chercheuse Tania Soloveï.
S.F.Warren--AMWN