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Médecin et député: sur l'aide à mourir, une double casquette lourde de sens
Ils sont députés, mais ont aussi été médecins, voire exercent encore occasionnellement: lors des débats cette semaine sur l'ouverture d'un droit à l'aide à mourir, cette double casquette s'est pour beaucoup révélée utile, mais aussi parfois lourde à porter.
Sur les bancs de l'Assemblée, ils ne sont qu'une dizaine à être à la fois législateur et docteur en médecine. Sans pour autant être tous d'accord: certains sont opposés à l'aide à mourir, d'autres la défendent.
Pour eux, la question se pose très concrètement: seraient-ils prêts à prescrire la substance létale à un patient éligible? Voire à réaliser eux-mêmes le geste, comme prévu pour quelqu'un ne pouvant pas "physiquement" se l'administrer?
"Oui, je pense que je serais capable de le faire à un adulte qui l'a choisi", répond la députée écologiste Dominique Voynet, qui a été anesthésiste-réanimatrice.
"Je pense que je ne le ferais pas", estime au contraire la députée MoDem Geneviève Darrieussecq, médecin allergologue, qui entend malgré tout approuver le texte la semaine prochaine s'il respecte certaines "lignes rouges".
Pour le macroniste Michel Lauzzana, la réponse est moins tranchée.
"Je suis pour le texte, donc il faut que je sois cohérent", dit ce médecin généraliste. Mais "je ne le ferais pas de gaieté de cœur", et "toutes les contraintes qu'on a mises seront pour moi une balise".
Même si peu se sont ouvertement appuyés sur leurs expériences professionnelles dans l'hémicycle, celles-ci ont forgé leurs convictions.
Malgré la loi Claeys-Leonetti (2016) permettant une sédation profonde et continue, "dans la pratique, je vois bien qu'il y a encore des besoins", dit M. Lauzzana.
Ce que contestent les opposants au texte.
"Quand vous arrivez à l'hôpital et que vous avez très mal, on sait faire", estime Philippe Juvin (LR), professeur d'anesthésie et de réanimation, devenu urgentiste. "Mon expérience me dicte" que "toutes" les demandes de mort "disparaissent quand on apporte des réponses".
- Serment d'Hippocrate -
"On l'entend parfois, +docteur, faites quelque chose+, mais les yeux disent, +donnez-moi encore un peu de temps+", raconte Joëlle Mélin (RN), qui a exercé une quinzaine d'années en maisons de retraite.
"Ca ne peut pas être un soignant" qui administre la dose létale, estime la députée. "On déroge à notre serment d'Hippocrate, c'est totalement impossible."
Ce serment, récité par tout nouveau médecin, contient la phrase: "Je ne provoquerai jamais la mort délibérément."
"Une contradiction" avec l'aide à mourir, convient Mme Darrieussecq, ancienne ministre de la Santé, qui estime que les débats sont pour elle "un peu plus difficiles" que pour les députés non-médecins.
Ce serment n'est "pas une bible" et a "déjà évolué souvent", rétorque M. Lauzzana, qui n'a pas hésité à parfois interpeller ses collègues soignants dans l'hémicycle.
Leur présence a aussi pu être avancée comme argument d'autorité: "Un médecin qui cosigne un amendement porté par une ancienne ministre de la Santé, (...) ça mérite d'être étudié!", a un soir défendu un député macroniste.
Pour tenter d'exclure les hôpitaux des lieux d'aide à mourir, Philippe Juvin a lui usé de la première personne: "Quand j'entre en blouse blanche dans une chambre, je ne veux pas que le patient ait un doute" sur "la raison" de cette visite. L'amendement a été rejeté.
- "Grosse responsabilité" -
Tout au long des discussions, un sujet a toutefois fait consensus: la clause de conscience, que pourra faire valoir tout soignant ne voulant pas procéder à une aide à mourir.
"Je veux protéger les soignants et les médecins, à qui on demande beaucoup dans ce texte", souligne Mme Darrieussecq.
A eux d'évaluer, par exemple, le "discernement" d'une personne formulant une demande d'aide à mourir, une des conditions de son éligibilité. "Une très grosse responsabilité", juge celle qui craint aussi les procédures judiciaires.
L'ancienne ministre a défendu l'idée d'un registre de médecins volontaires, sans succès.
Pour Mme Voynet, l'aide à mourir devrait être "équitablement partagée" par les médecins pour faciliter l'accès dans les territoires isolés.
"Il risque de se passer ce qu'il s'est passé avec l'IVG" au début, compare-t-elle. Si beaucoup de médecins refusent, "ce n'est pas très agréable d'être l'avorteur en chef du coin."
"Au moment de voter, je penserai à Paulette Guinchard", confie Mme Voynet, évoquant cette ancienne ministre "militante du droit à choisir sa mort". Elle avait eu recours au suicide assisté en Suisse, en 2021.
M.A.Colin--AMWN