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Les tropiques menacées de canicules "dangereuses" plus de la moitié du temps, selon une étude
De nombreux habitants des zones tropicales risquent de subir des canicules "dangereuses" plus de la moitié de l'année d'ici à la fin du siècle, même si les objectifs de l'accord de Paris sont tenus, avertit une étude jeudi.
Et si cet objectif de contenir la hausse des températures inférieure à 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle est largement dépassé, elles pourraient alors faire face à de longues périodes "cauchemardesques" de canicule, selon les travaux de chercheurs américains, publiés dans la revue Communications Earth and Environment.
Sous l'effet du réchauffement, les canicules se multiplient déjà, tout récemment en Europe de l'Ouest ou actuellement en Chine, avec pour conséquences sécheresses, mauvaises récoltes ou incendies, et mise en danger de la santé et de la biodiversité.
Les chercheurs ont évalué l'exposition possible à des niveaux dangereux de chaleur et d'humidité, à partir de projections statistiques sur le réchauffement induit par différents scénarios d'émissions de gaz à effet de serre liés à l'activité humaine.
Résultat : dans les zones tropicales, la chaleur pourrait atteindre des niveaux dangereux pour les humains "la plupart des jours d'une année typique", même si l'objectif de Paris est tenu.
Dans le cas contraire, les températures pourraient atteindre des niveaux très dangereux sur de longues périodes.
Toutes les régions tropicales sont concernées, les plus exposées étant le sous-continent indien et l'Afrique sub-saharienne.
Hors zones tropicales, les canicules dévastatrices risquent de devenir des phénomènes annuels, selon l'étude.
"Si nous ne nous ressaisissons pas, il est possible que des milliards de gens soient surexposés à des températures extrêmement dangereuses d'une façon jamais vue," résume l'auteur principal, Lucas Vargas Zeppetello de l'université de Harvard.
- "Assez effrayant" -
L'étude est fondée sur une échelle définissant comme "dangereuses" pour les humains les températures à partir de 39,4°C, et "extrêmement dangereuses" à 51°C.
Les seuils les plus élevés étaient initialement définis par rapport à certains environnements de travail (chaudières par exemple) et n'ont quasiment pas été observés pour l'instant en atmosphère extérieure.
Mais d'ici à 2100, il est "quasiment certain" que certaines zones tropicales y soient confrontées, sauf si les émissions chutent fortement, relève M. Zeppetello. "C'est assez effrayant", dit-il à l'AFP.
Or le réchauffement atteint déjà près de 1,2°C et les engagements mondiaux actuels de réduction d'émissions dessinent une trajectoire bien supérieure à 2°C en 2100.
L'étude envisage un réchauffement de 1,8°C en 2050 et comme scénario le plus probable +3°C pour 2100, avec pour conséquence ces périodes de températures "cauchemardesques", avertit M. Zeppetello.
Dans le pire scénario les températures extrêmes pourraient durer deux mois de l'année dans les régions les plus affectées.
"Nous ne somme pas obligés d'aller vers ce monde", souligne toutefois le chercheur. "Aujourd'hui, rien ne dit que ce soit une certitude, mais les gens doivent être conscients du danger qu'il y aurait que cela arrive".
Tous les scénarios élaborés mettent par ailleurs en évidence une augmentation des troubles de santé liés à la chaleur, particulièrement chez les personnes âgées, vulnérables ou travaillant en extérieur.
"C'est un point très important, auquel on ne fait pas assez attention," estime Kristin Aunan, professeure au Center for International Climate Research de Norvège.
"La réduction de la capacité à travailler en extérieur pourrait avoir d'importants impacts économiques, en plus de la souffrance humaine induite", dit à l'AFP la chercheuse, qui n'a pas participé à l'étude.
Y.Nakamura--AMWN