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Des pistes pour éviter le pire de la catastrophe climatique
Dans un contexte sensible de guerre en Ukraine qui expose la dépendance des économies aux énergies fossiles, les experts climat de l'ONU (Giec) publient lundi leur éventail de scénarios pour limiter le réchauffement et ses impacts déjà dévastateurs.
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a été plus que clair le jour de l'ouverture des discussions des 195 Etats membres du Giec il y a deux semaines: la dépendance au pétrole, au charbon et au gaz est une "folie".
"Nous marchons les yeux fermés vers la catastrophe climatique" et "si nous continuons comme ça, nous pouvons dire adieu à l'objectif de 1,5°C. Celui de 2°C pourrait aussi être hors d'atteinte", a-t-il insisté, en référence aux objectifs de l'accord de Paris.
Après plus d'un siècle et demi de développement fondé sur les énergies fossiles, la planète a gagné environ +1,1°C en moyenne par rapport à l'ère pré-industrielle, multipliant déjà canicules, sécheresses, tempêtes ou inondations dévastatrices.
Dans le premier volet de son rapport publié en août 2021, le Giec pointait du doigt l'accélération du réchauffement, prédisant que le seuil de +1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle pourrait être atteint déjà autour de 2030.
Le deuxième, fin février, dressait un tableau plus que sombre des impacts passés, présents et futurs sur la population et les écosystèmes, soulignant que retarder l'action réduisait les chances d'un "avenir vivable".
Le troisième opus se penche sur les chemins possibles pour freiner le réchauffement, en déclinant les possibilités par grands secteurs (énergie, transport, industrie, agriculture...) sans oublier les questions d'acceptabilité sociale et la place des technologies comme le captage et le stockage du carbone.
"De combien de nouvelles destructions devons-nous être les témoins, combien de rapports scientifiques supplémentaires seront-ils nécessaires, avant que les gouvernements reconnaissent enfin que les énergies fossiles sont les véritables coupables de la souffrance humaine à travers la planète", a dénoncé Namrata Chowdhary, de l'ONG 350.org.
"Des coupes massives dans les émissions sont inévitables pour éviter le pire", a-t-elle ajouté.
Cela passe par des transformations majeures de tous les secteurs de l'économie, insistent les experts. Des transformations qu'il faut engager dès maintenant pour espérer respecter les objectifs de l'accord de Paris.
"Un nouveau délai dans l'action mondiale n'est pas une option", avait insisté lors de l'ouverture de la session le patron du Giec Hoesung Lee.
- "Hors sujet" -
Ces questions touchent à l'organisation même de nos modes de vie, de consommation et de production, sur lesquelles les 195 Etats membres n'ont pas la même vision. Le passage au crible par les délégations en visioconférence, ligne par ligne, mot par mot, du "résumé pour les décideurs", condensé des milliers de pages du rapport scientifique, a d'ailleurs débordé de plus de 48 heures.
Dans un contexte rendu encore plus sensible par l'invasion de l'Ukraine par la Russie, qui fait craindre à certains militants une dilution du message.
"La crise climatique s'accélère et les énergies fossiles en sont la cause majeure. Un rapport sur la baisse des émissions qui ne soulignerait pas cet état de fait nierait la science sur laquelle le Giec se repose", a indiqué Nikki Reisch, du Center for International Environmental Law.
Alors que selon l'ONU, les engagements actuels des États, s'ils étaient respectés, mèneraient vers un réchauffement "catastrophique" de +2,7°C, les signataires de l'accord de Paris sont appelés à renforcer leurs ambitions d'ici la conférence sur le climat COP27, en Egypte en novembre.
Mais après une COP26 qui s'est terminée sur un "optimisme naïf", pour Antonio Guterres, la guerre en Ukraine pourrait à l'inverse faire dérailler encore plus l'action en faveur du climat.
"Si les dirigeants mondiaux, publics et privés, ne font pas de progrès pour mettre en place des plans climat clairs dans les deux prochaines années, les plans (de neutralité carbone) pour 2050 pourraient être hors sujet", a mis en garde la patronne de l'ONU-Climat Patricia Espinosa.
D.Cunningha--AMWN