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Un an après le "choc" DeepSeek, l'euphorie perdure sur une scène chinoise de l'IA galvanisée
Il y a un an, DeepSeek faisait sensation et plaçait l'intelligence artificielle (IA) chinoise sur la carte de la tech mondiale. Depuis, galvanisées, d'autres startups chinoises ont fait de fracassantes entrées en Bourse ou réalisé des levées de fonds inespérées.
En janvier 2025, l'irruption du robot conversationnel R1 de la firme chinoise DeepSeek a stupéfié l'industrie de la tech par sa capacité à égaler ses concurrents américains comme ChatGPT, pour un coût moindre et sans recours au microprocesseur vedette de Nvidia, lui préférant des puces moins performantes.
De quoi ébranler dans la Silicon Valley l'idée d'une domination américaine intangible.
Surtout, en provoquant un sentiment de fierté nationale appuyé par Pékin, cette percée "a apporté beaucoup de confiance" à l'écosystème chinois de l'IA, a déclaré à l'AFP Wu Chenglin, fondateur de la startup DeepWisdom.
Sa société, dont le produit-phare est une plateforme de développement logiciel fondée sur l'IA, avait manqué de faire faillite à trois reprises malgré sa popularité auprès des programmeurs.
Mais quand l'engouement autour de DeepSeek a entraîné une flambée des investissements dans le pays, M. Wu a pu réunir 220 millions de yuans (30 millions de dollars) en deux levées de fonds.
- Afflux de capitaux -
Shi Yaqiong et son équipe de Jinqiu Capital, firme financière pékinoise, ont conclu des accords avec une cinquantaine d'entreprises d'IA ces douze derniers mois.
Mme Shi, vice-présidente du fonds, décrit un "net regain" d'enthousiasme et une concurrence aiguisée entre investisseurs depuis l'"électrochoc" DeepSeek.
"Le type de projets valorisés initialement en 2024 à 10-20 millions de dollars étaient, en 2025, attendus avec des valorisations initiales avoisinant 20-40 millions", observe-t-elle.
Signe de cette frénésie, les titres de deux startups d'IA de premier plan, Zhipu AI et MiniMax, se sont envolées lors d'introductions en Bourse ce mois-ci à Hong Kong, à l'unisson des sociétés de semiconducteurs et géants de la tech, en Chine comme à Wall Street.
Au risque d'aviver les craintes d'une bulle, les investisseurs s'interrogeant sur le moment où ces firmes brûlant des montants colossaux deviendront rentables.
Les startups chinoises sont également confrontées à un accès restreint aux puces haut de gamme fabriquées par Nvidia, en raison des restrictions imposées par Washington.
Cela n'entame guère le moral des développeurs chinois: lors d'un événement de réseautage organisé récemment dans un café pékinois branché, l'atmosphère bourdonnait de discussions optimistes, a constaté l'AFP.
Les restrictions américaines ont encouragé l'essor de modèles chinois "plutôt portées vers +l'open-source+ et des coûts réduits", explique l'entrepreneur Li Weijia. "Si l'IA doit servir tout le monde et créer une immense valeur pour la société, des modèles moins chers atteindront mieux cet objectif", plaide-t-il.
- "Gens très doués" -
"La Chine dispose d'un immense écosystème de développeurs d'applications et de gens très doués pour en créer", confie Shen Qiajin, fondateur d'ideaFlow. "Longtemps, nous n'avions pas de bons modèles économes en coûts", lacune comblée par DeepSeek.
Liang Wenfeng a bâti la startup à partir de 2023 avec une équipe resserrée de jeunes diplômés issus des meilleures universités chinoises.
Aujourd'hui, l'entreprise --dont le prochain modèle est attendu dans les prochaines semaines-- attire 4% des parts de marché dans le monde, selon le cabinet Similarweb. ChatGPT domine avec 68%, "Gemini" de Google suit à 18%.
La décision de DeepSeek de rendre publics les rouages de son modèle, à l'inverse de ceux d'OpenAI (ChatGPT) et d'autres rivaux occidentaux, a levé des barrières en matière de programmation "ouverte" et favorisé l'adoption par les développeurs et entreprises, souligne Neil Shah, de Counterpoint Research.
Et la Chine profite largement de son vaste vivier d'ingénieurs: la plateforme de recrutement en ligne Zhilian Zhaopin a signalé une hausse de 39% des candidatures à des emplois liés à l'IA sur les trois premiers trimestres de 2025.
Si les inquiétudes sur la sécurité des données et la censure des sujets politiques par les programmes chinois pourraient freiner leur adoption à l'étranger, le marché intérieur est déjà immense: en juin 2025, plus d'un demi-milliard d'internautes chinois déclaraient avoir utilisé l'IA générative, selon le Centre d'information chinois sur l'Internet.
Jusqu'à séduire un public néophyte: les parents de l'entrepreneuse Yang Yiwen ont eu leur première expérience lorsqu'ils l'ont vue utiliser DeepSeek lors du Nouvel an lunaire: "Ils ont trouvé ça plutôt amusant", sourit-elle.
A.Mahlangu--AMWN