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L'Europe a une carte à jouer avec les applications IA pour l'industrie, juge le géant des logiciels SAP
L'Europe doit se concentrer sur les applications de l'intelligence artificielle dans l'industrie, estime un haut responsable du géant allemand des logiciels SAP, jugeant qu'elle a là des atouts pour résister aux géants américains et chinois.
"L'Europe peut réussir en grand à l'échelle mondiale" dans ce domaine, a estimé auprès de l'AFP Thomas Saueressig, membre du directoire du plus grand éditeur européen de logiciels.
Pour le responsable du groupe allemand, les Européens ont là "le savoir-faire, les données industrielles, et les compétences".
Si l'Europe est à la traîne des acteurs majeurs s’agissant des grands modèles de langage comme l'Américain ChatGPT ou le chinois DeepSeek, les applications industrielles sont généralement plus restreintes et moins énergivores.
L'effritement des relations commerciales avec Pékin, accusé de pratiques commerciales déloyales, et avec les États-Unis, avec les droits de douanes imposés par Donald Trump, donnent aux Européens une motivation supplémentaire de s'émanciper.
Dans l'industrie, les applications d'IA sont conçues pour des tâches spécifiques, de l'élaboration de plans de construction à l'optimisation du câblage électrique dans les appareils.
C'est là que "nous pouvons nous différencier en Europe", en "tirant parti de l'expertise industrielle", assure M. Saueressig.
"Nous ne devons pas penser qu'aux grands modèles de langage, nous devons aussi parler des modèles spécifiques à chaque secteur", insiste celui qui est également chef de "l'expérience client" au sein de SAP.
- Robots humanoïdes -
Les procédés de haute technologie ne sont pas nouveaux dans les usines, mais l'IA promet de les propulser à un autre niveau avec chez certains le rêve d'usines automatisées.
De premiers efforts sont faits dans la première économie d'Europe. Fin février, le géant automobile BMW a présenté deux robots humanoïdes dopés à l'IA devant dès 2026 aider à la production des voitures en usine.
Le début est modeste, comparé à la démonstration de kung-fu d'un ensemble de robots à laquelle le chancelier Friedrich Merz a assisté en Chine.
L'optimisme reste néanmoins de mise. Les progrès des performances des systèmes d'IA ouvrent de nouveaux potentiels pour l'automatisation", a noté à Munich devant les journalistes Milan Nedeljkovic, responsable de la production de BMW.
Selon lui, il s'agit d'aller "vers une IA autonome, pouvant être utilisée dans la production pour prendre ses propres décisions".
Le géant allemand des télécommunications Deutsche Telekom et le mastodonte américain des puces Nvidia ont, eux, annoncé en novembre 2025 le lancement d'un hub d'IA industrielle, destiné à aider les entreprises européennes à utiliser ces technologies sur leur continent dans des processus allant de la conception à la robotique.
L'objectif est, selon eux, d'offrir une "plateforme d'IA souveraine", capable de réduire les "dépendances risquées" vis-à-vis des technologies chinoises et américaines.
- Opportunités de croissance -
L'Europe a d'ailleurs fait de sa "souveraineté numérique" une priorité à l'ère de l'IA, d'une part pour ne pas abandonner à d'autres un marché porteur, mais aussi pour protéger les données des Européens en les stockant sur le continent.
Selon M. Saueressig, le groupe SAP, qui propose une vaste gamme de logiciels d'entreprise, constate une "augmentation exponentielle de la demande" pour des produits garantissant cette indépendance.
Si SAP a fortement chuté en Bourse ces derniers mois, sur fonds d'inquiétudes liées aux solutions d'IA le concurrençant dans son secteur, M. Saueressig se veut rassurant, voyant de nombreuses "opportunités de croissance".
Les défis ne manquent pourtant pas. Parmi eux, la puissance de calcul des centres de données européens qui est minime comparée à celle des États-Unis et de la Chine.
La concurrence des industries chinoises est une autre épine dans le pied européen, en particulier celui des Allemands qui vivaient de leurs exportations, notamment vers le géant asiatique.
Antonio Krüger, directeur du Centre allemand de recherche pour l'intelligence artificielle (DFKI), ne veut pas pour autant être défaitiste.
"Nous ne savons pas exactement où tout cela mènera", dit-il à l'AFP, et rien ne permet de dire "que la course est déjà perdue".
A.Malone--AMWN