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Opération Cloudburst : les Pays-Bas s'entraînent contre des inondations massives
Le bourdonnement d'un hélicoptère Chinook à deux hélices rompt le calme de la campagne néerlandaise, l'engin planant à quelques mètres d'un canal avant de déverser quatre énormes sacs de sable dans l'eau: l'opération Cloudburst est lancée.
Cet exercice de cinq jours simule des inondations catastrophiques causées par les "bombes de pluie", une crainte omniprésente dans un pays où 60 % de la population vit sous le niveau de la mer et où le changement climatique ne peut qu'aggraver la situation.
L'opération, qui réunit l'armée, les responsables de la planification des crises et les autorités locales chargées de la gestion de l'eau, teste leurs réponses face à un scénario de précipitations de 200 millimètres (200 litres par m2) en une journée, soit un quart de la quantité annuelle qui tombe aux Pays-Bas.
Un tel scénario s'apparente aux inondations qui ont dévasté l'Europe occidentale en 2021, faisant près de 200 morts en Allemagne et 40 en Belgique.
De vastes zones des Pays-Bas avaient quant à elles été inondées.
"Les Néerlandais, dès leur naissance, savent qu'ils devront lutter contre l'eau", explique le commandant Michel Vrancken.
Ils "savent que l'eau peut toujours être un ennemi", poursuit le jeune homme de 25 ans auprès de l'AFP, pendant que son unité empile des sacs de sable.
Son équipe s'entraîne à déployer un barrage mobile capable de ralentir les crues destructrices.
- Changement climatique -
C'est par nécessité que les Néerlandais sont devenus les leaders mondiaux en matière de gestion de l'eau et des inondations.
Si la nature avait suivi son cours, la majeure partie des Pays-Bas serait un marécage boueux, loin de l'actuelle cinquième économie de l'Union européenne.
Sans défenses solides, 60 % du pays serait régulièrement inondé, affectant quelque neuf millions d'habitants, selon le gouvernement.
Pour Marian Booltink, superviseure de l'opération et coordinatrice de crise à l'association locale de gestion des inondations, apprendre à prévenir les inondations est vital aux Pays-Bas.
"Le changement climatique affecte mon travail, car nous savons désormais que nous allons connaître davantage de crises dues à la sécheresse ou aux inondations", explique-t-elle à l'AFP.
Bart Vonk, président du Comité national de coordination en cas de risque d'inondation, supervise quant à lui les niveaux de l'eau et les défenses contre les inondations dans tout le pays.
"L'impact de l'eau sur une personne est immense", explique l'homme de 64 ans dans son bureau, entouré de grands écrans affichant en temps réel les données nationales sur l'eau.
"Ce que j'ai appris au cours de ma carrière, c'est qu'il ne faut pas sous-estimer la force de l'eau, mais aussi l'impact sur les personnes dont la maison est inondée", déclare M. Vonk.
Lui et son équipe veillent à ce que le pays soit prêt à faire face à des scénarios extrêmes, comme celui d'une sécheresse entraînant l'échouage de tous les bateaux de navigation intérieure, ou alors une tempête dévastatrice.
- Rester proactifs -
Les Néerlandais mettent l'innovation et les technologies dernier cri au service d'un problème vieux de plusieurs siècles.
Des drones inspectent les digues et les barrages, produisant des données qui sont ensuite analysées par l'IA pour identifier les points faibles.
Autre innovation : les "œufs verts", des dispositifs qui détectent les castors qui, en creusant, peuvent s'avérer dévastateurs pour les défenses contre les inondations.
Pour M. Vonk, la réussite néerlandaise dans ce domaine réside dans la proactivité car "nous ne pouvons pas accepter d'incidents, les conséquences sont trop importantes."
Il ajoute toutefois que les Néerlandais ont beaucoup appris d'autres pays comme le Royaume-Uni, notamment en matière de reconstruction après des inondations majeures.
M. Vonk reconnaît également que le changement climatique rend son travail "de plus en plus difficile".
La fonte des glaciers des Alpes fait monter le niveau des rivières aux Pays-Bas, les tempêtes et les sécheresses sont plus fréquentes et la montée des eaux augmente la salinité, explique-t-il.
Sa plus grande crainte serait une rupture de la digue qui protège les Pays-Bas. "L'impact serait immense", mais il a confiance dans les préparatifs néerlandais.
"Je dors toujours très bien... nous sommes de très bons protecteurs... la probabilité est donc vraiment très, très faible", conclut-il.
G.Stevens--AMWN