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Japon: Takaichi opposée au changement des règles de succession impériale excluant les femmes
Sanae Takaichi, première femme à occuper le poste de Premier ministre au Japon, a déclaré vendredi s'opposer à tout changement des règles de succession du trône impérial nippon qui excluent les femmes et leurs descendants.
Ces propos constituent sa prise de position la plus claire sur un sujet de plus en plus débattu - et alors qu'une crise de succession se profile - depuis la victoire écrasante de son parti aux élections de ce mois-ci.
Mme Takaichi a indiqué au Parlement respecter la conclusion d'un groupe d'experts qui a jugé "approprié de limiter l'éligibilité aux descendants mâles en ligne directe appartenant à la lignée impériale". "Le gouvernement, et moi-même, respectons ce rapport", a-t-elle souligné.
La Première ministre avait précédemment déclaré que la révision des règles de la famille impériale était "une question urgente", et exprimé l'espoir que "les discussions s'approfondiront sur la manière d'assurer une succession impériale stable".
Un scénario qui pourrait inclure plutôt la possibilité de réintégrer sous forme d'"adoption" des parents éloignés masculins.
Le Japon a célébré en septembre dernier l'entrée dans l'âge adulte du prince Hisahito, seul jeune héritier masculin au trône, neveu de l'empereur Naruhito et deuxième dans l'ordre de succession après son père - et sur les épaules duquel repose l'avenir de la famille impériale.
L'empereur ne détient aucun pouvoir politique mais conserve une forte valeur symbolique au Japon.
Bien que la tradition veuille qu'un homme seul puisse perpétuer la lignée impériale qui remonte à 2.600 ans selon la légende, les sondages d'opinion montrent un fort soutien populaire à l'idée qu'une femme accède au trône.
L'empereur Naruhito a une fille, la princesse Aiko, mais elle est écartée de la succession par les règles réservées aux hommes.
- Déesse du soleil -
La question de la succession royale agite le Japon depuis des décennies. En 2005, un précédent comité gouvernemental avait recommandé que celle-ci revienne à l'enfant aîné, quel que soit son sexe.
Cette décision semblait ouvrir la voie à la fille de l'empereur, mais la naissance de Hisahito l'année suivante avait mis fin au débat.
En 2021, un panel d'experts nommé par le gouvernement a recommandé d'envisager "d'adopter" de nouveaux membres masculins: des parents éloignés susceptibles d'être réintégrés dans la famille impériale.
Mais on ignore si ces hommes accepteraient d'abandonner carrière et liberté pour assurer la continuité de la lignée.
Le panel avait également suggéré que les princesses, aujourd'hui contraintes de quitter la famille après leur mariage, puissent continuer à exercer des fonctions officielles après leurs noces.
Selon la religion shinto, les empereurs du Japon descendent de la déesse du soleil, Amaterasu, et la légende fait remonter leur lignée à plus de 2.600 ans. Après la défaite du Japon à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l'occupant américain avait maintenu l'institution pour préserver la cohésion nationale.
Les traditionalistes estiment que la "lignée impériale ininterrompue" masculine est le fondement du Japon, et qu'un changement diviserait le pays.
Le trône du Chrysanthème a pourtant été occupé par des femmes à huit reprises dans l'histoire du Japon, la dernière, Go-Sakuramachi, ayant régné il y a environ 250 ans. Mais leur passage au pouvoir a souvent été temporaire.
Historiquement, les épouses des membres de la famille royale ont subi une pression intense pour donner naissance à des fils.
L'impératrice Masako, ancienne diplomate de haut rang, a longtemps souffert d'une maladie liée au stress après avoir intégré la famille royale, attribuée par certains à la pression d'avoir un garçon.
La sœur de Hisahito, Mako, a épousé son petit ami d'université et développé un syndrome de stress post-traumatique en raison de l'intérêt intense de la presse à scandale pour sa belle-famille. Le couple vit désormais aux Etats-Unis, où ils ont eu un bébé.
L.Mason--AMWN