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En Floride, la diaspora cubaine continue d'envoyer des colis malgré les débats et les restrictions
Ce matin de février, Gisela Salgado est arrivée parmi les premiers devant une agence floridienne spécialisée dans les envois de colis vers Cuba. Dans son sac: des vêtements, du café, du lait en poudre. Des provisions destinées à son frère, qui vit sur l'île communiste.
"Là-bas, c'est terrible. Ils meurent de faim, il n'y a rien", affirme cette femme de 72 ans, qui a quitté Cuba il y a quatre décennies.
L'île fait face à une très grave crise économique et énergétique qui s'est empirée à cause de l'arrêt des livraisons de pétrole vénézuélien et des menaces de Washington de frapper de droits de douane tout pays lui vendant du pétrole.
Cette situation a ravivé un vieux débat au sein de la diaspora cubaine de Floride: poursuivre l'aide aux proches ou interrompre totalement les envois, perçus par certains comme une soupape de sécurité pour le pouvoir cubain.
Mais à Hialeah, le choix est clair.
"Ils peuvent tout fermer s'ils veulent, moi, tant que mon frère sera là-bas, je continuerai d'envoyer. Il n'a rien à voir avec le gouvernement et, si je ne lui envoie rien, comment va-t-il se nourrir?", lâche Gisela Salgado.
Une dizaine de clients attendent comme elle l'ouverture des bureaux de Cubamax, l'une des principales agences d'envoi de colis vers Cuba, dans cette ville voisine de Miami où près de trois habitants sur quatre sont d'origine cubaine.
La plupart portent des sacs ou des chariots remplis d'articles de base, d'autres ont simplement une enveloppe contenant quelques dollars.
José Rosell, 81 ans, est venu avec de la nourriture et des produits d'hygiène pour son fils de 55 ans.
Celui-ci, chauffeur de taxi à Santiago de Cuba, a perdu son travail en raison de la pénurie de carburant.
Son père craint désormais de ne plus pouvoir continuer à l'aider.
La crise énergétique a en effet contraint plusieurs agences de livraison à restreindre les envois vers Cuba pour des raisons logistiques.
Cubamax a notamment annoncé la suspension des livraisons à domicile sur l'île et a limité les envois à un colis par client.
La nouvelle a provoqué de longues files d'attente devant ses agences, alors que les clients craignaient de ne plus pouvoir continuer à aider leurs proches.
L'agence a depuis levé une partie de ces restrictions.
- "Mules" -
Les envois de colis à des proches sont autorisés malgré l'embargo américain sur Cuba, qui permet les échanges entre membres d'une même famille.
Mais ils sont depuis longtemps dans le viseur de certains membres de la diaspora cubaine.
Mario Diaz-Balart, Carlos Giménez et Maria Elvira Salazar, trois membres du Congrès américain d'origine cubaine, ont demandé la semaine dernière au gouvernement Trump le retrait des autorisations accordant à certaines entreprises américaines le droit de faire des affaires avec des sociétés cubaines contrôlées par l'État.
Le populaire influenceur cubano-américain Alex Otaola défend, de son côté, l'arrêt total de toute aide à Cuba. Sa campagne suscite d'intenses débats sur les réseaux sociaux.
Pour Emilio Morales, président du cabinet de conseil Havana Consulting Group, interdire les envois "ne changera rien à l'équation".
L'argent arrive rarement dans les caisses du gouvernement cubain, car il est acheminé pour l'essentiel par des "mules".
Les envois de colis, quant à eux, ne bénéficient selon lui qu'à un petit nombre de personnes et n'ont que peu d'effet sur la situation générale de l'île.
Dans un café de Hialeah, Reina Carvallo, une Cubaine de 59 ans, appelle à distinguer le gouvernement de La Havane des habitants, comme ses deux frères, auxquels elle envoie des médicaments et des produits de première nécessité.
"Qu'on coupe la tête au régime, c'est ce qu'il mérite, mais le peuple ne devrait pas avoir à souffrir de privations", lance-t-elle.
F.Schneider--AMWN