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Climat: les pays riches dépassent leur objectif de financement, incertitudes sur l'après
Pas encore d'indice d'un tassement de la finance climatique, mais jusqu'à quand? L'OCDE a dévoilé jeudi un dépassement de l'objectif d'aide des pays riches à destination des pays pauvres pour la troisième année consécutive, mais une incertitude demeure pour les prochaines années.
Les pays développés ont consacré 136,7 milliards de dollars pour aider ceux en développement face au changement climatique en 2024, montre un rapport publié par l'institution basée à Paris, qui prend en compte les contributions bilatérales et multilatérales, par exemple à travers la Banque mondiale, au sein des secteurs publics et privés, aussi bien sous forme de prêts que de dons.
C'est la troisième année de suite que l'objectif de 100 milliards de dollars défini par les pays développés lors de la COP Climat de Copenhague en 2009 est dépassé.
En 2023, ces financements avaient atteint 132,8 milliards, indique l'OCDE, qui avait déjà annoncé en octobre que l'objectif serait "probablement" atteint pour cette année-là, sur la base de données préliminaires. En 2022, ils s'étaient établi à 115,9 milliards de dollars, selon l'organisation internationale.
Ces fonds ont pour objectif d'aider les pays en développement, qui sont les moins responsables du réchauffement climatique, à investir dans les énergies propres et à faire face aux conséquences du changement climatique.
Dans le détail, les financements publics ont reculé de 2,6% pour s'établir à 101,6 milliards de dollars en 2024, avec une baisse notamment des financements bilatéraux, tandis que les contributions du secteur privé ont bondi à 30,5 milliards de dollars contre 22,9 milliards une année auparavant.
Faut-il y voir un premier effet du retour en arrière en matière climatique au sein des pays développés, sur fond de difficultés budgétaires croissantes, juste avant le retour à la Maison Blanche du climatosceptique Donald Trump, en janvier 2025?
- Trajectoires historiques -
Interrogé par l'AFP, Raphaël Jachnik, chargé du rapport pour l'OCDE, y voit surtout un retour à un niveau normal du financement bilatéral après une forte hausse en 2023.
"Politiquement, en 2024, on était dans un environnement différent de 2025. On était encore sur des trajectoires historiques, je dirais, sur la base des engagements passés", précise-t-il.
Les chiffres pour 2025, année du retour au pouvoir de Donald Trump, ne seront pas connus avant l'année prochaine mais pourraient amorcer une décrue du financement climatique, sans qu'il soit encore très clair si cela sera déjà le cas, ces politiques mettant du temps à évoluer.
En revanche, pour Raphaël Jachnik, le contexte international "pose des questions plus fondamentales vis-à-vis du nouvel objectif", celui de porter à 300 milliards de dollars par an d'ici 2035 les contributions des pays riches.
Les Etats se sont aussi fixé un objectif moins précis, contribuer à lever 1.300 milliards de dollars par an auprès de sources publiques et privées.
Adopté lors du sommet de la COP29 de l'ONU en Azerbaïdjan en 2024, ce montant est d'ores et déjà jugé insuffisant par les pays en développement et de leurs soutiens, qui soulignent aussi les limites des chiffres annoncés jeudi.
"Plus des deux tiers des financements publics en faveur du climat ont pris la forme de prêts. Cela signifie qu'une grande partie de ce qui est comptabilisé comme financement climatique ne fait en réalité qu'alourdir le fardeau de la dette des pays vulnérables", a par exemple critiqué Mohamed Adow, directeur du centre de réflexion Power Shift Africa à Nairobi, dans une déclaration transmise à l'AFP.
F.Pedersen--AMWN