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Le Sénégal s'enfonce dans la crise après la répression des manifestations
Le Sénégal, secoué depuis plusieurs jours par le report controversé de l'élection présidentielle, s'enfonce samedi dans la crise après la répression de manifestations au cours desquelles un étudiant a été tué.
La répression a suscité une vague d'indignation dans l'opposition. "Nous prenons à témoin la communauté régionale et internationale, face aux dérives de ce pouvoir finissant" du président Macky Sall, a réagi Khalifa Sall, l'un des principaux candidats à la présidentielle.
Thierno Alassane Sall, un autre candidat, a protesté sur X (anciennement Twitter) contre la "répression brutale inacceptable".
Le pays a été vivement ému par la mort dans la ville historique de Saint-Louis (nord) d'Alpha Yoro Tounkara, 22 ans, étudiant en deuxième année de licence de géographie. Des centaines d'étudiants de l'université Gaston Berger, où il étudiait, ont veillé dans la nuit de vendredi à samedi, priant pour lui.
"Il était non seulement un brillant étudiant, mais aussi un camarade aimé et respecté. Sa présence chaleureuse et son enthousiasme contagieux manqueront à tous ceux qui ont eu la chance de le connaître", a écrit Cheikh Ahmadou Bamba Diouf, président du club de géographie de l'université.
Les circonstances de sa mort ne sont pas encore connues mais une enquête a été ouverte, a indiqué le procureur de la République de Saint-Louis. Le ministre de l'Intérieur a affirmé dans un communiqué "que les forces de défense et de sécurité ne sont pas intervenues dans le Campus universitaire où le décès est survenu".
Dans la capitale, la police a fait un usage abondant de gaz lacrymogènes pour tenir à distance les personnes qui cherchaient à se rassembler aux abords de la place de la Nation.
Des manifestants ont riposté en lançant des pierres et en érigeant des barricades avec des objets de fortune - des planches et des pierres - et en incendiant des pneus.
Aucun bilan des heurts n'a été communiqué par le gouvernement, mais des images diffusées sur les réseaux sociaux font craindre de nombreux blessés.
- Indignation -
L'appel à protester vendredi avait été diffusé sur les réseaux sociaux, sans qu'il soit possible de déterminer précisément qui en était à l'initiative. De telles manifestations sont généralement interdites dans le pays.
Reporters sans Frontières (RSF) s'est "indigné" du ciblage d'au moins cinq journalistes par les policiers lors des manifestations à Dakar. Une reporter du site Seneweb a été brutalement interpellée et a été hospitalisée suite à un malaise, selon l'ONG.
Un autre journaliste du journal Enquête a été frappé à la mâchoire, et des gaz lacrymogènes ont notamment visé le siège de la télévision privée Walf TV, dont la licence a récemment été retirée par les autorités.
Le Sénégal a été régulièrement secoué depuis 2021 par des épisodes de contestation liées à des procédures judiciaires contre l'un des principaux opposants, Ousmane Sonko, aujourd'hui incarcéré, avec des dizaines de personnes tuées et des centaines arrêtées.
L'Assemblée nationale a approuvé lundi un ajournement au 15 décembre, après avoir expulsé par la force les députés de l'opposition.
Elle a aussi voté le maintien de M. Sall au pouvoir jusqu'à la prise de fonctions de son successeur, vraisemblablement début 2025. Son deuxième mandat expirait officiellement le 2 avril.
Ce report a soulevé une indignation largement partagée sur les réseaux sociaux. L'opposition crie au "coup d'Etat constitutionnel". Les partenaires internationaux du Sénégal ont marqué leur préoccupation et appelé à organiser des élections le plus rapidement possible.
Une nouvelle manifestation lancée par un collectif de la société civile, Aar Sunu Election ("Protégeons notre élection"), est prévue mardi.
Face à la répression, "il faut une stratégie de lutte citoyenne. La désobéissance civile est une arme que l'on va utiliser pour mettre ce pays à l'arrêt et rétablir la légalité constitutionnelle", a déclaré samedi à l'AFP Malick Diop, co-coodinateur du collectif.
Vendredi, des débrayages dans les écoles ont été massivement suivis et les imams ont été invités à dénoncer la situation politique dans leur prêche lors de la grande prière du vendredi. Le collectif a aussi demandé aux chrétiens de s'habiller en blanc à la prière du dimanche.
Le report de la présidentielle est perçu par l'opposition comme une manigance pour éviter la défaite du candidat du camp présidentiel, voire pour maintenir le président Sall à la tête du pays encore plusieurs années, ce qu'il dément.
Face à l'une des plus graves crises politiques des dernières décennies, M. Sall a dit vouloir engager un processus "d'apaisement et de réconciliation".
P.Silva--AMWN