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Bangladesh: la Première ministre fuit en hélicoptère, l'armée prend la main
La Première ministre du Bangladesh Sheikh Hasina a pris la fuite en hélicoptère lundi au bout d'un mois de manifestations meurtrières, poussant le chef de l'armée à annoncer la formation prochaine d'un gouvernement intérimaire.
Au lendemain d'un dimanche marqué par des violences qui ont fait une centaine de morts, la capitale a de nouveau été lundi le théâtre d'affrontements meurtriers: au moins 55 personnes y ont perdu la vie, et une autre dans la ville portuaire de Chittagong, selon des sources policières et hospitalières.
Au total, 356 personnes ont péri au Bangladesh dans des affrontements depuis le début des manifestations en juillet, selon un bilan de l'AFP établi à partir de données de la police, de sources officielles et hospitalières.
"Le pays a beaucoup souffert, l'économie a été touchée, de nombreuses personnes ont été tuées. Il est temps de mettre fin à la violence", a déclaré le général Waker-Uz-Zaman, qui a également annoncé la démission de la dirigeante, lors d'une adresse à la nation diffusée par la télévision d'Etat bangladaise.
Cet officier d'infanterie, âgé de 57 ans (ou 58 ans selon certains médias locaux), a déclaré qu'il s'entretiendrait avec le président pour former un gouvernement intérimaire dans ce pays d'environ 170 millions d'habitants, sans préciser s'il le dirigerait.
M. Waker, qui a promis que "toutes les injustices" seraient "traitées", s'exprimait peu après la prise d'assaut par la foule de la résidence officielle de Mme Hasina à Dacca, mise à sac.
Sheikh Hasina a atterri dans une base militaire près de New Delhi, selon la presse indienne, mais une source de haut niveau a affirmé qu'elle ne faisait que "transiter" par le pays et qu'elle se rendrait ensuite à Londres.
- Saccages -
Fille aînée de Sheikh Mujibur Rahman, le père fondateur du Bangladesh qui a pris son indépendance du Pakistan en 1971, Sheikh Hasina était revenue au pouvoir en 2009, après un premier mandat entre 1996 et 2001.
Des images diffusées par la chaîne bangladaise Channel 24 ont montré une foule de manifestants courant dans l'enceinte du palais de Mme Hasina, en souriant à la caméra ou en s'allongeant sur des lits.
D'autres ont envahi le parlement, incendié des chaînes de télévision qui avaient soutenu le gouvernement Hasina, brisé des statues de son père et mis le feu à un musée qui lui était consacré.
Des témoins ont déclaré à l'AFP que la foule avait également saccagé les maisons des alliés du parti de Mme Hasina, la Ligue Awami, ainsi que des postes de police.
"Nous voulons un Bangladesh sans corruption, où tout le monde peut exprimer son opinion librement", a affirmé Monirul Islam, un jeune homme de 27 ans parmi les milliers de manifestants devant la résidence. "Le temps est venu de leur faire rendre des comptes pour leurs tortures", a affirmé un autre manifestant, Kaza Ahmed.
Des millions de personnes étaient sorties dans les rues à travers le pays, beaucoup pacifiquement, en brandissant des drapeaux, en dansant sur des tanks. Mais des scènes de chaos et d'affrontement ont également marqué la journée.
Les forces de sécurité ont soutenu le gouvernement Hasina tout au long des troubles, mais dimanche, à plusieurs occasions, militaires et policiers ne sont pas intervenus pour réprimer les manifestations comme ils l'avaient fait précédemment.
M. Waker a déclaré qu'il avait eu des entretiens avec les principaux partis d'opposition et des membres de la société civile, mais pas avec la Ligue Awami de Mme Hasina.
- Quota d'emplois publics -
Le départ de cette dernière laisse "un gros vide" et plonge le pays "en territoire inconnu", a estimé Michael Kugelman, directeur de l'Institut de l'Asie du Sud au Wilson Center, basé à Washington.
L'Union européenne a jugé lundi "essentiel qu'une transition ordonnée et pacifique vers un gouvernement démocratiquement élu soit assurée" au Bangladesh.
Sur fond de chômage aigu des diplômés, les étudiants exigent l'abolition d'un système réservant un quota d'emplois publics aux familles des vétérans de l'indépendance, ce qui favorise selon eux les proches du pouvoir. En réaction à leurs manifestations, le gouvernement a notamment fermé les écoles et universités et déployé l'armée.
Partiellement aboli en 2018, ce système a été restauré en juin par la justice, mettant le feu aux poudres, avant un nouveau retournement fin juillet de la Cour suprême.
La crise sociale s'est muée en crise politique à partir du 16 juillet, quand la répression a fait ses premiers morts, les manifestants réclamant alors la démission de Mme Hasina.
Son gouvernement a été accusé par des groupes de défense des droits humains d'utiliser les institutions de l'Etat pour consolider son emprise sur le pouvoir et éradiquer la dissidence, y compris en éliminant des militants de l'opposition.
Le fils de Mme Hasina, Sajeeb Wazed Joy, qui vit aux Etats-Unis, a fait l'éloge de son bilan économique, déclarant à la BBC qu'elle avait transformé le Bangladesh d'un "Etat défaillant" en "l'un des tigres émergents de l'Asie". "Elle est très déçue", a-t-il déclaré.
T.Ward--AMWN