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Sur les murs, les jeunes Bangladais se peignent un nouvel avenir
Il y a peu, les murs de Dacca relayaient les appels à évincer "la dictatrice tueuse" au pouvoir au Bangladesh. Mais depuis l'éviction de la Première ministre Sheikh Hasina, ces slogans ont disparu pour laisser place à des messages d'espoir sur la "renaissance" du pays.
Les étudiants à l'origine des semaines de manifestations qui ont abouti il y a huit jours au renversement, après 15 ans de règne, de la dirigeante sont en effet redescendus dans les rues de Dacca mais, cette fois, pour donner un nouveau visage à la capitale.
Ils effacent méticuleusement les graffitis à connotation politique apparus au plus fort des troubles début juillet, qui accusaient de meurtre celle qui a longtemps dirigé le Bangladesh d'une main de fer et exigeaient son départ du pouvoir.
En lieu et place, ces jeunes gens peignent désormais des fresques murales élaborées et colorées sur lesquelles transparaît l'espoir, largement répandu parmi leurs compatriotes, d'un avenir meilleur.
- Un oiseau s'envole de sa cage -
"Nous voulons réformer notre Bangladesh", lance Abir Hossain, 21 ans, qui décore avec une demi-douzaine de ses camarades de classe un mur en bordure de trottoir avec l'image d'un oiseau s'envolant de sa cage.
"Nous ressentons de la fierté", confie-t-il à l'AFP. "L'oiseau est dorénavant libre. Nous sommes indépendants maintenant".
Des étudiants aux chemises constellées de taches de peinture discutent et rient avec leurs amis tout en donnant un nouvel aspect visuel à Shabagh, un quartier verdoyant du centre-ville qui abrite la prestigieuse université de Dacca.
Certaines de leurs oeuvres exhortent à "détruire les portes en fer des prisons" et célèbrent la "renaissance" du Bangladesh.
"Quand les manifestations ont commencé, il y avait beaucoup de choses négatives écrites ici", raconte à l'AFP Fiyaz Hossain, 21 ans.
"Nous les enlevons (...) pour que les gens plus jeunes que nous ne les disent pas" à leur tour. "Nous écrivons d'autres choses qu'ils pourront dire à l'avenir".
- "Nous devons travailler ensemble" -
Au plus fort du mouvement de contestation, des graffitis dénonçant "la tueuse Hasina" ont soudainement proliféré dans la capitale. Et ils disparaissent actuellement tout aussi rapidement.
"Nous voulons faire passer un message au public : nous avons libéré ce pays d'une dictatrice et, maintenant, nous devons travailler ensemble" pour "bâtir" le Bangladesh, souligne auprès de l'AFP Nafisa Sara, 19 ans, pendant une courte pause.
Mais ce vaste projet de travaux publics improvisé témoigne aussi d'un ressentiment toujours vivace envers Sheikh Hasina.
Plus de 450 personnes ont péri dans les violences qui ont pris fin lorsque la Première ministre a brusquement démissionné le 5 août et fui en hélicoptère vers l'Inde.
Illustration de ce rappel persistant au passé, l'une des peintures murales représente Abu Sayeed, abattu à Rangpur, une ville du nord du Bangladesh, devenu ainsi le premier étudiant mort au cours de la répression du mouvement de protestation.
Sur cette fresque, on peut voir une image aujourd'hui gravée dans la conscience nationale : celle de cet homme de 25 ans étendant les bras en signe de défi face à la police antiémeute.
Avec pour légende ses derniers mots, tels qu'ils ont été rapportés, à l'adresse des forces de l'ordre : "Tirez-moi dans la poitrine".
Un tribunal de Dacca a réclamé mardi une enquête sur l'ex-Première ministre et six hauts responsables de son gouvernement pour le meurtre du propriétaire d'une épicerie tué le 19 juillet par la police.
Des groupes d'étudiants ont à cet égard organisé ces derniers jours des rassemblements pour exiger le retour au Bangladesh de Sheikh Hasina afin qu'elle y comparaisse devant la justice.
"Elle doit être ramenée au pays", insiste Mohiuddin Rony, 25 ans, "et elle doit être jugée".
D.Sawyer--AMWN