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Gaza: entre soulagement et scepticisme, des dizaines de milliers de personnes dans les rues de Londres
Soulagées par le cessez-le-feu à Gaza, mais très sceptiques sur la suite et résolues à continuer les marches pour "les droits des Palestiniens", plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi dans le centre de Londres pour "exiger une paix juste" et "continuer à parler de Gaza".
Sous un beau soleil d'octobre, le cortège aux couleurs palestiniennes, entre drapeaux et keffiehs, a marché vers le Parlement. Familles avec enfants, jeunes, vieux, activistes ou quidams, les manifestants étaient pour la plupart des habitués des marches propalestiniennes.
Depuis le début de la guerre à Gaza déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque du Hamas en Israël, trente manifestations ont été organisées à Londres par l'organisation Palestinian Solidarity Campaign (PSC). Celle de samedi, prévue de longue date, a pris une teinte particulière au lendemain du cessez-le-feu conclu entre Israël et le mouvement islamiste palestinien, sous l'énorme pression du président américain Donald Trump.
"Nous partageons le soulagement des Palestiniens", a souligné d'emblée le dirigeant de PSC, Ben Jamal. "Ils vont peut être pouvoir envisager un avenir où ils peuvent vivre une vie normale", a-t-il dit à l'AFP.
"Mais ils ont aussi besoin d'un futur où leur droit à l'autodétermination est reconnu", a-t-il insisté, plus que méfiant sur le plan de Donald Trump, qui ne garantit pas "une paix durable car il ne prend pas en compte les racines du conflit", selon lui.
Ce scepticisme était largement partagé chez les manifestants. "Je n'ai pas confiance en Israël", a lancé Katrina Scales, une étudiante en psychologie de 23 ans, soulignant que le pays avait rompu le dernier cessez-le-feu en date, en mars dernier.
"Nous ne détournons pas nos yeux de Gaza, même avec le cessez-le-feu, et la pression doit être maintenue", a ajouté cette jeune femme souriante aux immenses faux cils, venue avec son fils de deux ans.
Steve Hedley, syndicaliste d'une cinquantaine d'années, n'a aucune confiance en Trump. "Nous avons entendu parler de ses projets de Riviera pour Gaza, son gendre Kushner n'a pas caché ses desseins immobiliers... Espérons que ce cessez le feu est un premier pas pour la paix, mais je ne suis pas convaincu", a indiqué M. Hedley, qui a déjà manifesté "un nombre incalculable de fois" ces derniers mois.
- "Trop peu, trop tard" -
"Arrêtez d'affamer Gaza!", "Levez le siège!" proclamaient des pancartes. D'autres, plus politiques, affirmaient que "Ce n'est pas un crime d'agir contre un génocide", en référence à la décision de Londres de classer terroriste une organisation propalestinienne, Palestine action. D'autres encore accusaient le Premier ministre britannique Keir Starmer d'avoir du "sang sur les mains".
Le slogan polémique "De la rivière à la mer, la Palestine sera libre", considéré par certains comme un appel à la destruction de l'Etat d'Israël, par d'autres comme la revendication d'un Etat palestinien, a été scandé à de nombreuses reprises.
Sur le chemin, le cortège a croisé un rassemblement -stationnaire- de contre-manifestants, agitant des drapeaux israéliens et lançant des insultes. "Un petit nombre d'arrestations" a été effectué après une altercation, a indiqué la police de Londres sur X.
"J'aimerais que ce soit une des dernières manifestations, mais je crois qu'il est trop tôt pour dire que tout va bien", soufflait Fabio Capogreco, un patron de bar de 42 ans venu avec ses deux enfants.
La guerre à Gaza, "je pense que c'est un génocide", et "le cessez-le-feu, c'est trop peu, trop tard". "Les vies perdues ne reviendront pas. Des gens devront rendre des comptes et être tenus responsables pour ce qui s'est passé", dit-il.
Quelques personnes s'étaient rassemblées sous une grande banderole "descendants de survivants de l'Holocauste contre le génocide à Gaza".
"Nous sommes des juifs britanniques et nous disons : cela doit cesser. L'occupation doit cesser. Et les Palestiniens doivent avoir droit à l'auto-détermination", a déclaré Miranda Finch, une femme de 74 ans.
Y.Nakamura--AMWN