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Brésil: une forte réduction de peine pour Bolsonaro entre les mains du Sénat
Le Sénat brésilien commence mercredi à se pencher sur une proposition de loi qui pourrait fortement alléger la peine de l'ex-président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de réclusion pour tentative de coup d'Etat.
Son approbation par la Chambre des députés la semaine dernière avait suscité de nombreuses critiques. Des manifestations organisées dimanche ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes s'y opposant dans plusieurs grandes villes du pays.
L'ancien dirigeant d'extrême droite (2019-2022) a commencé à purger sa peine fin novembre dans les locaux de la Police fédérale à Brasilia.
Jair Bolsonaro, 70 ans, pourrait demeurer environ huit ans incarcéré, avant de bénéficier d'un éventuel aménagement de sa peine, selon un calcul du Tribunal d'exécution des peines de la capitale brésilienne.
La proposition de loi, qui porte d'une façon générale sur l'application des peines au Brésil -et pas seulement sur l'ex-président- pourrait réduire sa condamnation à deux ans et quatre mois.
Au sein d'un Parlement à forte majorité conservatrice, les bolsonaristes tentent en vain depuis février de faire voter un texte permettant à l'ex-président de bénéficier d'une amnistie totale.
Mais à l'approche des vacances parlementaires de fin d'année, ils estiment que la réduction de sa peine constitue "une première étape".
La semaine dernière, la proposition de loi a été approuvé par les députés à une large majorité de 291 voix contre 148, à l'issue d'une séance houleuse.
- "Geste de réconciliation" -
Au Sénat, la majorité conservatrice est moins accentuée. Plusieurs sénateurs ont indiqué qu'ils allaient suggérer des changements ou s'opposer au texte.
Dans sa version actuelle, c'est un "cheval de Troie" qui "réduit également drastiquement les peines des délinquants" de droit commun, a averti mardi le sénateur Alessandro Vieira.
Membre de l'un des partis centristes qui contrôlent le Sénat, M. Vieira a annoncé qu'il voterait le rejet du texte, dans un document obtenu par l'AFP.
Le sénateur Flavio Bolsonaro, fils aîné de l'ancien président récemment adoubé par son père comme candidat à la présidence, s'est dit disposé à faire des concessions et "apporter quelques modifications".
Si la proposition n'est pas votée par le Sénat avant vendredi, la discussion sera reportée à 2026, année électorale avec la présidentielle en point de mire en octobre.
L'entrée en vigueur d'une éventuelle réduction de peine pour Jair Bolsonaro pourrait également être retardée si le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva décide de censurer le texte avant sa promulgation.
Mais le Parlement aura le dernier mot et pourrait voter l'annulation du véto présidentiel.
Dans sa version approuvée par la Chambre des députés, le texte prévoit également d'accorder la liberté conditionnelle à des dizaines de partisans de l'ex-président d'extrême droite condamnés pour les émeutes du 8 janvier 2023 à Brasilia.
Ce jour-là, des milliers de bolsonaristes avaient saccagé le Parlement, le palais présidentiel et la Cour suprême, réclamant une intervention militaire pour déloger Lula du pouvoir, une semaine après l'investiture de ce dernier.
Le rapporteur de la proposition de loi à la chambre basse, Paulinho da Força, l'a qualifiée de "geste de réconciliation" dans un pays fortement polarisé.
Dimanche, des dizaines de milliers de manifestants ont exprimé leur mécontentement dans la rue, avec pour mots d'ordre "Pas d'amnistie" ou "Parlement, ennemi du peuple".
Des légendes de la musique brésilienne comme Caetano Veloso, Gilberto Gil et Chico Buarque se sont produits en concert lors de la manifestation à Rio de Janeiro, sur la célèbre plage de Copacabana.
En septembre, à l'issue d'un procès historique, Jair Bolsonaro a été reconnu coupable par la Cour suprême d'être le leader d'une "organisation criminelle" ayant conspiré pour son maintien au pouvoir malgré sa défaite à la présidentielle de 2022.
Selon l'accusation, ce projet putschiste, qui prévoyait même l'assassinat de Lula après son élection au second tour, a échoué faute de soutien du haut commandement militaire.
Lundi, ses avocats ont réitéré une demande de sortie de prison exceptionnelle en vue d'une hospitalisation pour subir une intervention chirurgicale pour faire cesser des crises de hoquet persistantes.
L'ancien président souffre de séquelles permanentes après avoir été poignardé dans le ventre en 2018 lors d'un meeting de campagne présidentielle.
P.Stevenson--AMWN