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Yémen: les séparatistes annoncent le début d'un processus pour créer leur Etat
Le mouvement séparatiste au Yémen a annoncé vendredi s'engager dans un processus de deux ans pour établir un Etat dans le sud du pays, où il s'est emparé de vastes territoires, au moment où Ryad mène des frappes aériennes meurtrières pour l'en déloger.
Il s'agit des premières pertes humaines infligées par Ryad, allié au gouvernement yéménite, au Conseil de transition du Sud (STC) depuis que les forces séparatistes ont pris le contrôle en décembre de grandes parties des provinces voisines de Hadramout, frontalière de l'Arabie et riche en pétrole, et de Mahra.
Cette avancée des séparatistes, qui font pourtant partie du gouvernement et sont soutenus par Abou Dhabi, a suscité la colère des autres factions gouvernementales et de Ryad, attisant les tensions entre l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.
"Partant du désir et de la volonté de notre peuple du Sud de restaurer et proclamer son Etat (...) nous annonçons l'entrée dans une phase transitoire d'une durée de deux ans", a déclaré le président du STC, Aidarous al-Zoubaidi dans une déclaration télévisée.
Il a appelé la communauté internationale à parrainer un "dialogue" entre les différentes parties, avertissant que le groupe déclarerait "immédiatement" l'indépendance si l'appel au dialogue n'était pas entendu ou si le sud du Yémen était de nouveau l'objet d'"agressions militaires".
Le chef séparatiste a affirmé que la période de transition comprendrait notamment l'organisation d'un référendum d'autodétermination, alors qu'une République démocratique et populaire a été indépendante entre 1967 et 1990 dans le sud du pays.
- "Guerre existentielle" -
Plus tôt, le chef du STC pour les régions de Wadi et du désert d'Hadramout, Mohammed Abdelmalek, avait annoncé que sept frappes saoudiennes contre une base militaire séparatiste à al-Khasha avaient fait sept morts et plus d'une vingtaine de blessés.
Il a également fait état auprès de l'AFP d'une attaque terrestre - repoussée selon lui - contre ce même camp par des "milices" islamistes et le groupe jihadiste Al-Qaïda.
Le porte-parole militaire du STC, Mohamed Al-Naqib, a parlé d'une "guerre existentielle" contre ces forces qui bénéficient selon lui du "soutien saoudien".
Une source au sein du STC et des témoins ont fait état plus tard de frappes contre une autre base et un aéroport à Seyoun, une ville de l'Hadramout aux mains du mouvement.
Le gouverneur de Hadramout, Salem Al-Khanbashi avait auparavant annoncé une opération terrestre des forces gouvernementales soutenues par Ryad pour prendre le contrôle de bases militaires dans la région de Hadramout de "manière pacifique".
Des sources saoudiennes ont confirmé que les frappes de vendredi avaient été menées par la coalition dirigée par Ryad, mise en place en 2015 pour soutenir le gouvernement face aux rebelles houthis, soutenus par l'Iran, qui se sont emparés de la capitale Sanaa en 2014, puis de larges pans du nord du pays.
Une source proche de l'armée saoudienne a affirmé à l'AFP que l'opération "ne s'arrêtera pas tant que le STC ne s'est pas retiré des deux régions".
Ryad a exhorté à plusieurs reprises le STC à se retirer des régions conquises et a déjà mené des frappes contre ses positions. La coalition a notamment bombardé mardi une cargaison d'armes présumée en provenance des Emirats arabes unis dans un port yéménite contrôlé par le STC.
Jeudi, le STC avait réaffirmé son intention de rester dans les régions conquises.
- "Intransigeance" -
Plus tôt dans la journée, l'ambassadeur saoudien pour le Yémen, Mohammed al-Jaber, a accusé Aidarous al-Zoubaidi de faire preuve d'"intransigeance" face aux efforts d'apaisement.
De son côté, Abou Dhabi a affirmé vendredi être déterminé à oeuvrer à une "désescalade", indiquant avoir retiré ses dernières forces du Yémen, où elles avaient été déployées dans le cadre de la coalition.
Les nouvelles tensions pourraient fragiliser davantage le Yémen, le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, déjà dévasté par des années de guerre.
Un conflit a éclaté en 2014 entre d'un côté, le gouvernement et ses alliés, dont le STC, et de l'autre, les Houthis.
Une trêve conclue en 2022 est globalement respectée dans ce conflit, qui a fait des centaines de milliers de morts, morcelé le pays et provoqué l'une des pires crises humanitaires au monde.
L.Davis--AMWN