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"Juste un spectacle": des Ukrainiens sans illusion sur les négociations aux Emirats
A Abou Dhabi: des négociations entre Kiev, Moscou et Washington. Au même moment, en Ukraine: des bombardements russes massifs. Pour de nombreux Ukrainiens, le Kremlin montre, une nouvelle fois, qu'il ne veut pas la paix.
"Des efforts de paix? Une rencontre trilatérale aux Emirats? La diplomatie? Pour les Ukrainiens, c'était juste une nouvelle nuit de terreur russe", a résumé samedi matin le chef de la diplomatie ukrainienne, Andriï Sybiga.
Des responsables américains, ukrainiens et russes se sont rencontrés vendredi et samedi aux Emirats arabes unis. Dans la nuit de vendredi à samedi, la Russie lançait contre l'Ukraine 370 drones et 27 missiles.
Signe de la méfiance à l'égard de Moscou, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a espéré lundi que ces pourparlers, qui doivent reprendre dimanche, ne seront pas utilisés de "façon cynique" par Moscou "pour retarder de nouvelles mesures visant à faire pression sur la Russie".
Parallèlement aux négociations, les premières entre Kiev et Moscou sur le plan de paix américain, la Russie, qui dispose d'une armée plus importante, rejette toute trêve.
M. Zelensky répète que la Russie doit être contrainte à de vraies négociations sous la pression de sanctions sévères et d'un soutien militaire accru à Kiev. Son scepticisme sur la volonté de Moscou de négocier est très partagé en Ukraine.
"C'est juste un spectacle pour les gens. La Russie ne signera aucun accord. On doit se préparer au pire et espérer le meilleur", tranche Pavlo, un habitant de la capitale ukrainienne n'ayant pas donné son nom.
"Ces négociations ne nous donnent aucun espoir d'une issue positive. Notre seul espoir est dans l'endurance de notre peuple", affirme une autre habitante de Kiev, Iryna Beregova, 48 ans.
Depuis le début de l'invasion russe en février 2022, les deux camps ont mené plusieurs cycles de négociations directes et indirectes, que ce soit à Istanbul, en Arabie saoudite, en Suisse et au Bélarus, sans mettre un terme au conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.
Et avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et sa volonté affichée d'offrir des concessions à Vladimir Poutine, les Ukrainiens ne considèrent plus les États-Unis comme un médiateur fiable.
Selon un sondage réalisé en décembre par l'Institut international de la sociologie de Kiev (KIIS), 74% des Ukrainiens interrogés estimaient que le président américain était néfaste pour leur pays.
- "Illusoire" -
Les négociations bloquent principalement sur la question du contrôle de la région orientale de Donetsk. La Russie exige le retrait total des troupes ukrainiennes de ce territoire situé dans le bassin du Donbass.
Une demande qui serait très difficile à accepter politiquement et militairement pour l'Ukraine: des dizaines de milliers de soldats ukrainiens sont morts pour défendre cette région et Kiev estime que sa perte la priverait d'un rempart pour prévenir une nouvelle offensive des forces russes.
En décembre, M. Zelensky a affirmé que tout accord prévoyant un retrait des troupes ukrainiennes devrait être approuvé par référendum par les Ukrainiens, un vote actuellement quasi-impossible à organiser sans cessez-le-feu.
"Si les Russes insistent pour ne discuter que de la question (...) du retrait des troupes ukrainiennes du Donbass, et que les Américains acceptent cela, alors – au bout d’un certain temps – les pourparlers aboutiront à une impasse", a estimé récemment à la télévision le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko.
Le Kremlin a assuré lundi que les premiers pourparlers à Abou Dhabi se sont tenus "dans un esprit constructif", tout en soulignant qu'un "travail très sérieux" restait à accomplir.
Selon une source au sein de la présidence ukrainienne interrogée sous couvert d'anonymat par l'AFP, les négociateurs de Kiev espèrent que Donald Trump se rendra compte que la Russie est un obstacle à la paix, perdra patience, et donnera "plus d'armes" à l'Ukraine.
Récemment, la Russie a prévenu à plusieurs reprises qu'elle atteindrait ses objectifs par les armes si les pourparlers n'avançaient pas.
Rouslan, un soldat ukrainien de 35 ans, fait partie de ceux qui veulent encore croire que les pourparlers mettront fin à la guerre. "Tout le monde attend ça", assure-t-il à l'AFP depuis la ville de Pavlograd (centre), près de laquelle les forces russes progressent lentement.
Pour lui, "il est illusoire de penser pouvoir vaincre les Russes sur le front, nous devons donc parvenir à un accord. Et ça, l'armée le comprend".
P.Costa--AMWN