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Les poussées protectionnistes de Donald Trump et sa diplomatie parfois erratique poussent les partenaires commerciaux les plus fidèles des Etats-Unis à se rapprocher de la Chine ou de l'Inde, comme en témoigne notamment l'accord commercial historique conclu à Delhi par l'Union européenne.
Dans leur discours d'officialisation de cet "accord de tous les accords" mardi, ni la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ni le Premier ministre indien Narendra Modi n'ont cité Donald Trump comme motif de signature du texte.
Mais c'est bien aux droits de douane de Donald Trump, devenus son levier diplomatique de prédilection, que faisait référence Mme von der Leyen lorsqu'elle s'est félicitée que l'accord Inde-UE réduira la "dépendance stratégique à un moment où l'arme commerciale est de plus en plus utilisée."
Surtout, "les mesures commerciales de Donald Trump ont fortement accéléré la signature de cet accord" alors que le dossier était en gestation depuis des années, note auprès de l'AFP Vincent Vicard, économiste et adjoint au directeur du Cepii, un institut de recherche en relations internationales.
- Un "partenariat pragmatique" -
L'accord prévoit d'éliminer une grande partie des droits de douane entre l'Union européenne et l'Inde, par exemple de 110 à 10% sur les véhicules "made in Europe" ou de 150 à 20% sur les vins.
Un mouvement contraire à celui initié par Donald Trump depuis le début de son second mandat, qui a largement recréé des barrières douanières avec nombre de ses partenaires commerciaux historiques, dont l'UE.
Outre l'Inde, l'UE a "accéléré ses discussions avec l'Indonésie et la Malaisie", même si aucun accord n'est signé pour l'heure, rappelle Vincent Vicard.
Elle a par ailleurs indiqué fin 2025 vouloir accroître les liens commerciaux avec les pays de l'accord de partenariat transpacifique, notamment le Vietnam qui en assure la présidence tournante cette année.
Mais surtout, pour beaucoup de partenaires majeurs des Etats-Unis, c'est évidemment vers la Chine, la deuxième économie mondiale, que les regards se tournent.
Accompagné de dirigeants de grandes entreprises comme la banque HSBC et le groupe pharmaceutique AstraZeneca, le Premier ministre britannique Keir Starmer est arrivé mercredi à Pékin pour une visite de trois jours en Chine, où il entend défendre un "partenariat pragmatique" après des années de soubresauts.
Le Canada, sous la direction du Premier ministre Mark Carney, a opéré un pivot encore plus marqué, signant à la mi-janvier un accord "commercial préliminaire, mais historique", avec la Chine, selon M. Carney.
- Diversifier pour réduire les risques -
Dans son allocution remarquée au Forum économique mondial de Davos (Suisse) toujours mi-janvier, Mark Carney avait estimé que l'ordre mondial des décennies passées était "fracturé" et appelé les "puissances moyennes" à s'unir pour faire face aux forces "hégémoniques".
Certes, "la Chine peut également être un partenaire indésirable", notamment sur les sujets politiques, rappelle Sébastien Jean, professeur au Cnam et directeur associé à l'Ifri. Le bras de fer concernant les surtaxes chinoises sur des eaux-de-vie européennes dont le cognac avait également refroidi l'Union européenne.
Mais "discuter avec la Chine", que Donald Trump perçoit comme un rival stratégique, "c'est aussi envoyer un signal fort aux Etats-Unis qu'ils ne sont pas le seul partenaire commercial majeur au niveau mondial", estime Sébastien Jean.
Pour les principaux alliés commerciaux de Washington, l'enjeu n'est pas nécessairement de trouver un partenaire capable de remplacer les Etats-Unis, car "aucun marché ne peut rivaliser en ordre de grandeur", rappelle Vincent Vicard.
Les Etats-Unis représentaient par exemple 20% des exportations de l'UE en 2024, contre 8% pour la Chine ou 2,4% pour l'Inde.
Mais "il y a une nécessité d'être moins dépendant et de diversifier ses relations pour réduire les risques, y compris en parlant avec des pays dont on ne partage pas forcément les valeurs", explique Vincent Vicard.
Mercredi, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a jugé "très décevants" les pays de l'UE après l'accord avec l'Inde, alors que cette dernière "a commencé à acheter du pétrole russe sous sanction", quand la Première ministre danoise Mette Frederiksen a appelé l'Europe à ne pas oublier que la Chine était un allié de la Russie dans son invasion de l'Ukraine.
Y.Aukaiv--AMWN