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CIO: le projet olympique de Coventry devrait s'esquisser à Milan
A la tête du CIO depuis sept mois, Kirsty Coventry devrait donner un premier cap à son mandat à Milan, esquissant son projet pour l'avenir des Jeux olympiques en attendant d'en savoir plus sur l'accès des athlètes transgenres et intersexes aux épreuves féminines.
Première femme, première non-occidentale et plus jeune patronne du sport mondial depuis Pierre de Coubertin, l'ex-nageuse zimbabwéenne de 42 ans incarne depuis son élection une promesse de renouveau.
Mais ses contours tardent à se préciser: comme promis pendant sa campagne, elle a entamé ses huit ans de mandat - renouvelable pour quatre ans - par le lancement en juin de plusieurs groupes de travail.
Parmi ces groupes thématiques, un porte sur la "protection de la catégorie féminine" où la question des athlètes transgenres et intersexes devait être abordée. Un autre est axé sur le programme olympique afin de trouver un équilibre notamment entre la taille des Jeux, la pertinence des sports et celle des disciplines.
Leurs avancées seront pour la première fois dévoilées lors de la commission exécutive du CIO entre samedi et lundi, puis discutées mardi et mercredi à Milan par la centaine de membres du cénacle olympique réunis pour la 145e session, avant le début des JO-2026 de Milan Cortina le vendredi.
Il s'agit à la fois de redessiner le programme sportif des JO - quitte à brouiller la frontière entre épreuves d'été et d'hiver, si le cyclocross ou le trail entrent dès 2030 dans les Alpes françaises -, de revoir leur attribution, d'adapter leur modèle économique et de rénover leur antichambre, les Jeux olympiques de la jeunesse.
- L'ombre de Trump -
A peine élue, la septuple médaillée olympique a promis de s'attaquer "à la protection de la catégorie féminine", sujet scientifiquement complexe et politiquement explosif remis au premier plan par l'adoption de tests génétiques en athlétisme, natation, boxe et ski.
Les instances concernées veulent réserver les épreuves féminines aux athlètes porteuses de chromosomes XX, bannissant à la fois les sportives transgenres et intersexes -considérées filles depuis la naissance et qui ignorent souvent leurs particularités génétiques ou hormonales.
Une décision sur ce sujet "ne sera pas" à l'ordre du jour de la 145e session, a prévenu mercredi dernier Kirsty Coventry. Après avoir promis en décembre de statuer "au premier trimestre" 2026, elle évoque désormais "les prochains mois".
Car son calendrier est contraint: hôte des JO-2028, le président américain Donald Trump a banni par décret les sportives transgenres de toutes les épreuves féminines, empiétant dès son élection sur les prérogatives du CIO.
La Zimbabwéenne "va sans doute attendre la fin du Mondial de football cet été pour un premier rendez-vous avec Trump. Mais à ce moment-là, il faudra une politique", analyse Jean-Loup Chappelet, spécialiste de l'olympisme à l'université de Lausanne.
Depuis 2021, le CIO recommande aux fédérations internationales d'adapter les règles d'éligibilité à chaque discipline, données scientifiques à l'appui, sans partir du principe que l'intersexuation ou la transidentité confèrent systématiquement un avantage injuste.
- Opacité -
Kirsty Coventry peut-elle conserver cette ligne nuancée, au risque d'une confrontation avec Washington? Difficile d'anticiper, puisque le groupe de travail dédié au genre est le seul dont la composition reste tenue secrète par le CIO, pour "protéger" ses membres d'un possible harcèlement.
Une telle opacité inquiète la "Sport and Rights Alliance", qui réunit les principales organisations de défense des droits humains, et redoutait la semaine dernière que "l'instrumentalisation politique" de ce sujet "n'influence indûment les décisions du CIO".
D'autant que les convictions de Kirsty Coventry, susceptibles de guider ses arbitrages, demeurent pour l'heure un mystère: elle raconte volontiers son attachement personnel à l'olympisme, né à 9 ans devant les JO-1992 de Barcelone et qui a forgé son parcours, mais renvoie les questions politiques aux consultations en cours.
Concernant les athlètes russes et bélarusses, elle a prolongé la ligne adoptée par son précédesseur pour les JO-2024, en ne les autorisant que sous bannière neutre et s'ils n'ont pas activement soutenu la guerre en Ukraine, sans préciser les conditions de leur plein rétablissement.
Au sujet de Trump, elle avait plaisanté juste après son élection sur son habitude "des hommes difficiles occupant de hautes fonctions". Mais l'ex-ministre zimbabwéenne des Sports s'est depuis cantonnée à un ton plus diplomatique, et prendra à Milan un premier contact avec le vice-président JD Vance et le secrétaire d'Etat Marco Rubio, présents le vendredi à la cérémonie d'ouverture des JO-2026.
F.Pedersen--AMWN