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En Russie, les petits commerçants paient le prix de la guerre en Ukraine
Dans une banlieue moscovite, des devantures fermées, des panneaux "à vendre" : le ralentissement de l'économie après plus de quatre ans de guerre en Ukraine frappe de plein fouet les petits commerces, des pharmacies aux boucheries.
Sur fond de dépenses colossales pour financer son offensive à grande échelle déclenchée en 2022 en Ukraine, les hausses d’impôts, une inflation tenace et des consommateurs aux aguets plombent l'activité de toutes les petites entreprises russes.
"Mon commerce est à l’agonie. Je pense tout arrêter", dit à l’AFP la propriétaire d’une pharmacie à Mytichtchi, dans la banlieue nord-est de Moscou, en activité depuis douze ans.
Invoquant des raisons de sécurité, cette femme s'exprime sous le couvert de l'anonymat pour critiquer la décision du gouvernement d’augmenter les impôts et les réglementations.
"Dès que l’action militaire en Ukraine a commencé, nous avons commencé à ressentir l’inflation", dit-elle.
Les milliards de dollars dépensés chaque mois pour financer la guerre avaient, dans un premier temps, contribué à protéger l’économie russe des effets négatifs de cette offensive.
Les dépenses militaires ont grimpé à environ 8% du PIB — leur niveau le plus élevé depuis la Guerre froide.
Mais le reste de l'économie a été laissé pour compte.
La Russie a enregistré son premier recul trimestriel de l’activité économique en trois ans début 2026.
Pour les petites entreprises de la cité-dortoir de Mytichtchi, le ralentissement économique est venu s’ajouter à une concurrence féroce du commerce en ligne et à un durcissement de la réglementation sur la vente d’alcool, la principale source de revenus des petits restaurants et des commerces de proximité.
- "Deux vitesses" -
"L'économie russe est une économie à deux vitesses : d'un côté, l'industrie de la défense dominée par l'Etat, qui fonctionne plutôt bien, et, de l'autre, pratiquement tout le reste", explique à l'AFP Alexandre Kolyandr, un spécialiste de l'économie russe basé à Londres.
Dans ce nouveau système né de la guerre, de nombreux consommateurs russes ont vu leur situation se dégrader. "Ils ont reporté les achats importants", explique M. Kolyandr. "Ils ne sont plus aussi à l'aise financièrement qu'au début du conflit".
Tout cela accroît une pression sur les professionnels et les entrepreneurs qui ne bénéficient pas des dépenses liées à la guerre. Selon M. Kolyandr, "leur situation est la plus précaire".
À Mytichtchi, Janna, la propriétaire d'un salon de manucure, a récemment dû s'installer dans un local partagé, faute de moyens pour continuer à payer le loyer d'un espace pour sa seule entreprise.
"Dans l'ensemble, je constate une baisse de la fréquentation due à l'instabilité financière", dit-elle à l'AFP, préférant taire son nom de famille.
"Toutes les charges ont augmenté, les clients optent pour des soins de beauté moins chers ou y renoncent complètement".
Comme beaucoup d'autres, elle a subi une série de hausses récentes d'impôts et de changements réglementaires — notamment la hausse de la TVA et la suppression, pour les micro-entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse un certain seuil, d'un régime fiscal simplifié et plus avantageux.
Ces mesures ont été prises par le gouvernement russe pour limiter le déficit budgétaire causé notamment par l'explosion des dépenses militaires.
Face à ces difficultés croissantes, Janna envisage de basculer une partie de son activité dans l'économie informelle : "Il n'est pas possible de travailler dans la légalité la plus stricte. Je cherche donc un équilibre : maintenir des tarifs abordables pour mes clients tout en dégageant un revenu suffisant".
- "Le coup de grâce" -
"Magasin fermé", peut-on lire sur l'écriteau. Auparavant, l'endroit abritait une épicerie. Son propriétaire cherche désormais de nouveaux locataires.
A côté de ce défunt commerce, également situé à Mytichtchi, il y a la boucherie d'Alina.
"Ces dernières années, la situation s'est durcie car le pouvoir d'achat a considérablement chuté", constate cette femme de 49 ans, qui gère son entreprise avec son mari et préfère également taire son nom de famille.
Ses clients se serrent la ceinture et, selon ses estimations, sa charge fiscale a été multipliée par quinze en raison des nouvelles règles entrées en vigueur cette année.
"On travaille depuis 2015, on paye nos impôts en toute honnêteté et on remplit toutes les nouvelles exigences. Et voilà qu'ils ont décidé de nous donner le coup de grâce", grince-t-elle.
"Que doit faire un entrepreneur honnête dans une telle situation ? Mettre la clé sous la porte ?"
A.Rodriguezv--AMWN